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Plan banlieue, des mesures ciblées

Précédé d’une série de 300 réunions de concertation tenues sur tout le territoire, le plan banlieue gouvernement a annoncé en février dernier se propose de rebattre les cartes de la relégation et de la pauvreté en ciblant une centaine de quartiers « difficiles » et sa population de jeunes de 18 à 25 ans qui rencontrent les plus forts taux de chômage et en misant sur les entreprises locales.

Une approche plus entrepreunariale

Se plaçant à la suite des politiques menées ces vingt dernières années contre la concentration des problèmes sociaux dans certains quartiers, le plan banlieue annonce une approche impliquant une plus grande intervention des entreprises et un volontarisme en matière d’éducation et d’emploi. Dans la lignée de l’instauration de zone franche dans certains quartiers où les entreprises bénéficient d’exonérations fiscales, le plan a l’ambition d’associer plus largement les acteurs économiques locaux dans l’insertion professionnelle des jeunes.

L’emploi en priorité

L’emploi constitue le volet principal du plan. Avec un taux de chômage frôlant les 40 % dans certains quartiers, le plan promet 100 000 emplois pour les jeunes les plus éloignés du marché du travail. En plus d’un accompagnement renforcé à la création d’activité, cet objectif devra être atteint au moyen du dispositif « contrat d’autonomie » qui a pour mission de rapprocher de l’emploi, les jeunes de moins de 26 ans. Dans la lignée des dispositifs Trace et Civis, ce nouveau contrat ne constitue pas un nouveau contrat de travail, mais donne un statut de stagiaire de la formation professionnelle à des jeunes dans le cadre d’une entreprise. Il doit mener vers un emploi durable, un contrat d'apprentissage ou une formation. Cet accompagnement d'insertion dont le coût est estimé de 5 à 6 000 euros par personne, pourrait concerner environ 10 000 personnes dés 2008. Un partenariat serait déjà conclu avec 38 grandes entreprises pour l’accueil de ces jeunes.

Sécurité et tranquillité

Deuxième axe du plan : le retour de la sécurité et de la tranquillité des habitants des quartiers sensibles sera rendu effectif par le déploiement de 4 000 policiers supplémentaires en trois ans dans les départements les plus touchés par les violences urbaines. La mesure confirme l’annonce du retour de la police de proximité dans les quartiers et marque une inflexion de la présence policière. Si depuis plusieurs années la mobilisation des brigades anti-criminalité (BAC), des services d’investigation et de recherche, ou encore la création des groupements d’intervention régionaux (GIR), ont mené à une baisse de la délinquance générale, cette baisse s’avère concomitante d’une augmentation des violences contre les personnes. Combinées à la diminution des moyens consacrés à la médiation sociale, ces évolutions ont contribué à une dégradation des relations entre la police et la population.

Désenclavement et ouverture

L'accent a été mis sur le désenclavement des quartiers et l’ouverture des habitants les plus jeunes à d’autres environnements sociaux. Ainsi le plan intègre la mise en place de nouvelles lignes de transports en commun – bus ou tramway – en lien avec les mesures du grenelle de l’environnement. L’objectif est de permettre le rapprochement vers les lieux de services et les centres villes. Autre mesure en faveur d’une plus grande mixité sociale inspirée des politiques sociales aux USA ; le « busing » qui consiste à inscrire les jeunes de quartiers difficiles dans des écoles hors des quartiers. A la rentrée 2008, une cinquantaine de classes de CM1 et de CM2 seront acheminées en cars scolaires vers d’autres écoles de la ville, afin de leur faire découvrir un environnement différent.

Education vers la vie active

En plus de l’accompagnement vers l’emploi, le plan banlieue annonce la généralisation des écoles de la deuxième chance dans chaque région puis dans chaque département. Initiative européenne proposée en 1995 par Edith Cresson et adoptée par les ministres de l’Education des Etats membres, ce dispositif E2C a pour objectif d’assurer l’intégration professionnelle et sociale des 18 à 24 ans sortis du système scolaire sans qualification. L’entrée de l’école est réservée aux jeunes sortis avant le niveau CAP qui font montre d’une motivation suffisante. D’une durée de 6 à 24 mois, la scolarité se centre sur les savoirs fondamentaux - lecture, écriture, calcul, informatique, langue étrangère, et sur les compétences liées à l’insertion professionnelle acquise en alternance au sein d’une entreprise. L’étudiant est rémunéré au titre de la formation professionnelle et obtient un certificat indiquant son niveau de compétence. Les enseignants des E2C viennent de l’Education nationale mais proviennent aussi de l’entreprise. Les partenariats avec les entreprises permettent de répondre aux enjeux du marché de l’emploi local.

Pari sur l’excellence

Pariant sur un renversement de l’image des quartiers difficiles, le plan banlieue annonce une série de mesures et mise sur l’émergence d’une élite. Outre la reconstruction d’une trentaine d’établissements les plus obsolètes, le gouvernement prévoit l’émergence d’établissements d’excellence proposant notamment des sections internationales incluant un apprentissage renforcé des langues et des stages d’immersion, ou encore des filières artistiques à horaires aménagés. Il prévoit également l’augmentation de la capacité d’accueil des internats d’excellence dont les places passeront de 700 à 2 500 d’ici à 3 ans et à 7 000 d’ici à 5 ans. Ces internats pourraient être potentiellement soutenus par les moyens et le savoir-faire de l’enseignement privé. En collaboration avec les organisations patronales et territoriales devrait être mis en place dans chaque académie une banque de stages pour les diplômes allant du CAP au BTS.

Financement des initiatives locales

Outre la nomination d’un représentant de l’Etat à plein temps pour chaque quartier chargé de gérer l’avancée de ces différents chantiers, le plan prévoit une facilitation du quotidien des associations de terrain, grâce à une pluri-annualisation de leur financement, qui leur permettra d’établir des projets à long terme. Le nombre de conventions triennales devrait ainsi passer de 10 % à 80 % évitant aux structures de trop attendre après les subventions d’une année sur l’autre. Le gouvernement souligne qu’elles devront être évaluées sur leurs résultats.

Conclusion

Très attendue, la nouvelle politique pour les banlieues a été reçue plutôt fraîchement par le monde associatif, les syndicats d'enseignants et les élus, en attente encore de précisions sur les modalités de sa mise en place et sur les moyens dévolus. Reste à voir en effet quelle sera la mobilisation des entreprises et comment s’articulera le plan banlieue avec les politiques de la ville pour impulser le renversement attendu.


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