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Universités populaires, un loisir citoyenHéritières des mouvements ouvriers d’éducation, les universités populaires connaissent depuis une quinzaine d’années un regain d’actualité et un développement, tant dans les centres urbains que dans les régions rurales. Entre savoir académique et information citoyenne, le mouvement montre une richesse et une diversité d’approches souvent puisées aux fondements mêmes de l’éducation populaire, mais adaptées au monde d’aujourd’hui, inventant des sociabilités nouvelles autour de la question de l’accès et du partage du savoir. Les principes« Les principes de l’économie de marché », « Mythes et réalités du réchauffement climatique », « Plantes à fleurs de notre région » ou encore « Initiation à la gravure », si les matières académiques sont communément abordées, bien des cours proposés par les universités populaires (UP) concernent également des apprentissages plus concrets de langues vivantes, de techniques professionnelles ou de pratiques artistiques. Le public qui participe librement chaque semaine ou chaque mois aux conférences, cours ou ateliers qui se tiennent diversement dans une salle municipale, dans les velours d’une salle de spectacles ou sur les bancs d’un amphithéâtre, constitue le plus souvent un auditoire attentif, curieux et fidèle. Diversement organisées, les UP ont en commun de respecter les principes du mouvement que l’on peut résumer en quelques points : offrir un enseignement accessible à tous, quel que soit l'âge, le niveau d'étude ou le revenu et ne délivrer aucun diplôme, et ceci en respectant les principes instaurés de longue date par l’éducation populaire, dont elles revisitent l’histoire au passage. Une diversité d’approcheLes universités populaires se regroupent par courant en plusieurs réseaux. Avec environ une centaine de structures sur tout le territoire, l’Association des universités populaires de France (AUPF) localisée en Alsace a vu doubler le nombre de ses adhérents (110 000 inscrits) depuis les années 1990. Dans le même temps, les universités inter-âges, conçues autour du temps libre des retraités et pré-retraités, accueillent une audience élargie de personnes disposant de leur journée. Plus récemment, l’université populaire de Caen lancée par le philosophe Michel Onfray a rencontré un succès qui dépasse de loin l’auditoire présent et inspire la création de nouvelles universités en France. Tandis que le Réseau des écoles de citoyens (Récit) ou Formation Action Citoyenne revendique une volonté de contre-expertise plus en lien avec l’alter-mondialisme, d’autres universités populaires se définissent comme un lieu de formation citoyenne et d’action collective et veulent permettre aux habitants de participer à la construction des politiques publiques en leur proposant à la fois des outils et un espace d’expression. De l’éducation ouvrière à l’éducation citoyenneApparues en pleine affaire Dreyfus à la fin du 19e siècle, les universités populaires prennent rapidement une orientation politique et syndicale dans les mouvements culturels ouvriers qui cherchent à faire bénéficier les adultes d’une instruction publique sur le modèle de l’école de Jules Ferry. À l’initiative de « la coopération des idées », Georges Deherme, figure tutélaire du mouvement, lance la première Société des universités populaires. Le mouvement perdra ensuite de sa vigueur pour retrouver une dynamique dans les années 1970 et 1980 avec l’expérience des universités rurales , de l’éducation brésilienne inspirée de Paolo Freire ou des universités du citoyen depuis 1990. Les forums sociaux mondiaux, les débats autour du traité de constitution européenne ont marqué plus récemment un regain de besoin de s’informer, d’échanger, d’argumenter à plusieurs sur un thème d’actualité. Priorité à l’accessibilitéEn opposition avec les universités classiques dont l’entrée est réservée et le parcours sanctionné par des examens, les universités populaires revendiquent la levée de tout obstacle barrant l’accès au savoir et posent l’accessibilité comme un principe de base tant en ce qui concerne leur fonctionnement que les enseignements. Les droits d’inscription délibérément modestes couvrent ordinairement les frais de location de salle, de reprographie, de secrétariat ainsi que les enseignements, le plus souvent bénévoles. Mais au-delà, le contenu même des cours est conçu pour un public large. L’inscription n’instaure aucune obligation, l’engagement repose sur une motivation personnelle. De plus, les savoirs sont conçus en cycles pour s’adapter au niveau de connaissance de chacun et respecter les rythmes de progressions personnelles. Des conseils de lecture complétant les documents de cours sont proposés, mais le choix d’approfondir sa recherche est affaire personnelle car aucun examen ne vient sanctionner le travail individuel. À l’audience habituelle, s’ajoute dorénavant pour certaines universités, la diffusion des cours par téléchargement de fichiers audio via Internet ou sur les ondes des radios associatives. Interactif de préférenceSi la forme classique du cours est encore d’usage dans la plupart des universités, certaines mènent conjointement une réflexion sur leur méthode pédagogique, tandis que d’autres revendiquent de nouvelles approches plus participatives et actives, voire se définissent comme lieu d’expérimentation. Contre le cours magistral et la transmission descendante des savoirs, les échanges et le dialogue prennent place au cœur des enseignements. Se distinguant également des échanges informels du café philosophique, les interventions sont plus souvent conçues en deux parties. Une première heure est consacrée à un exposé intellectuel qui se trouve discuté dans la deuxième heure ouvrant à des questionnements et une logique critique. Des ateliers en petit nombre complètent encore l’appropriation du sujet et le prolongement de la recherche. Concernant l’abord même des sujets étudiés, les thèmes se font plus transversaux pour échapper aux catégories de savoirs académiques et éviter les écueils de la spécialisation. Enfin pour trancher encore davantage avec le système scolaire, les contenus sont discutés en commun et la notion de plaisir est de mise : plaisir de parler, d’échanger, d’apprendre, de découvrir. Pourtant, malgré les efforts déployés envers leur public, la plupart des UP constatent qu’elles profitent surtout aux diplômés et aux classes moyennes, et ont du mal à faire venir à elles ceux qui se sentent le plus éloignés de cette forme de savoir. En dehors d’un public qui, par une démarche d’autodidacte ou par une pratique de la lecture, a maintenu des liens avec les savoirs, il est difficile de toucher certaines catégories sociales. Sans doute un effet à long terme des mécanismes sociaux de l’échec scolaire. Structuration et ouverture à l’EuropeÀ la lumière du foisonnement actuel et des diverses expériences, la question se pose d’un label d’Université Populaire reprenant des critères bien précis (gratuité des enseignements, formation non diplômante) afin de pouvoir juger l’ensemble des projets en France. Pour autant, l’intégration européenne offre à ce mouvement une opportunité nouvelle. En effet, le mouvement des universités populaires a traversé l’Europe entière et poursuit sa structuration avec notamment l'Association européenne pour l'éducation des adultes EAEA qui regroupe une centaine d’organisations représentant 34 pays ; les adhérents peuvent profiter du programme européen Grundtvig, l'équivalent, pour l'éducation des adultes, des programmes tels que Socrate ou Erasmus.
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