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Scoutisme et Internet David Lopez (equipenationale@eedf.asso.fr est membre de l'équipe des dirigeants nationaux des Eclaireuses, Eclaireurs de France) il nous fait part de ses interrogations et difficultés à utiliser Internet dans l'association.
Interview de François Bernard (bernard@injep.fr)
Comment votre association a-t-elle abordé la question d'Internet ?C’est peut-être une position un peu personnelle, je ne sais pas si c’est une position du mouvement. J’ai l’impression que nous sommes partagés entre deux idées : d’un côté, il y a ce que tu fais quand tu es aux Eclaireurs, c’est tout le rapport à l’histoire, le rapport à la nature et puis quand tu as enlevé, pas l’uniforme mais le signe d’identité, quand tu as enlevé ton foulard, tu reviens dans la société classique, il y a une espèce de coupure, pour une partie des personnes chez nous. D'autres disent : « le scoutisme, on peut le vivre au quotidien, dans la notion de respect des autres, dans la notion du collectif ». Ces deux positions co-existent il y a des jeunes qui vivent avec les nouvelles technologies en permanence chez eux, mais qui sont capables le week-end, de ne pas se laver pendant trois jours parce que c’est la vie dans la nature ! Je pense qu’ils vivent assez bien cette rupture. Les jeunes sont plutôt issus des classes moyennes, en tout cas du côté des animateurs. Ils ont du matériel informatique à leur disposition ?Il y a du matériel informatique, des jeunes extrêmement doués, qui pratiquent, en permanence, nous n'avons pas fait d’étude mais 60 à 70 % de nos animateurs ont une adresse Internet.
Ils ont une approche, des nouvelles technologies assez poussée. Nous avons abordé cette question de trois façons :
Nous avons un site Internet construit par un bénévole et nous pensions que cette situation était un peu limitée. On ne peut pas faire vivre, une association de 35 000 adhérents sur Internet avec uniquement un bénévole pour s’en occuper : il est étudiant, il a ses occupations, il y a donc un problème de disponibilité, nous avions du mal pour la mise jour de l’information et de l’actualité. D'autre part nous avons tous nos adresses e-mail respectives, et il y a pas mal d'informations qui passent par mail entre le siège et les régions etc. cela dit, on conserve encore du papier parce que tout le monde n’est pas équipé. Puis il y a le 3e niveau : quelques jeunes ont décidé de créer un forum de discussion interne, c'est un autre web-master qui est un bénévole aussi, qui gère cet espace, qui s’appelle « parole d’éclé » Qu'entendez-vous par forum de discussion interne ?C'est un forum modéré et interne, on y accède avec une clef. C’est intéressant parce que, chacun peut s’y connecter quand il veut, comme il veut. Chaque éclaireur, chaque adhérent y accède, ce qui n'est pas sans poser des problèmes parce que les intervenants n’ont pas les mêmes statuts. J’interviens tout comme le responsable de base, mais il y a des remises en cause on me dit « si maintenant à chaque fois que l'on parle de quelque chose, il y a un grand ponte national qui nous explique que l'on a tort, ça ne marche pas… » il y a des débat assez forts dans ce groupe de discussion. Vous intervenez dans ce forum, et vous êtes connu, c'est ça qui pose problème ?Voilà, c’est ça ! Alors, on voudrait un peu vous limiter, enfin on préfèrerait que vous…Que je me taise ! d'autant plus que je suis salarié et qu'il y a une espèce de "toute puissance" du bénévole, le forum existe depuis maintenant huit mois, c’est un peu, expérimental mais c’est vraiment intéressant Il y a beaucoup de monde ?Nous avons eu un problème, on a changé d’hébergeur, nous étions sur « voilà » au départ et là nous sommes sur « e-groups » on a un peu perdu des gens en route, on savait qu’il y avait pas mal de personnes qui nous lisaient, mais peu qui écrivaient, en gros une centaine de personnes différentes écrivaient. C’était pas mal ! Mais nous savions que ceux qui lisaient étaient nombreux. Des personnes inconnues prenaient le téléphone et disaient :
« Tiens !, ça chauffe … ». Il y a un jeu entre le téléphone et Internet. C'était expérimental ou vous aviez essayé de réfléchir aux changements dans la démocratie, la participation ou la prise de parole ?C’est plus de la participation, parce que le modèle démocratique, lui est quand même très institutionnalisé dans l’association, il y des règles qui sont fermes, auxquelles on ne déroge pas. C’est un système qui est lourd et en même temps très riche, il y a un congrès régional chaque année qui élit les représentants bénévoles régionaux, qui désigne ceux qui vont à l’assemblée générale et qui établit un plan d’action. Ensuite il y a une assemblée générale annuelle qui est composée des représentants des congrès, qui traite à la fois des motions et des vœux.  Beaucoup de temps pour le statutaire?C’est vrai, c’est beaucoup de temps pour le statutaire, tout en sachant que le statutaire comprend deux grandes directions : il y a le terrain qui concerne les responsables d’animation, les animateurs de l’action, la vie du mouvement. Puis de l’autre côté il y a les responsables de groupe, les responsables des régions. Ce sont souvent les mêmes d’ailleurs, mais dans des espaces différents, et pour eux, la notion du vote est très importante. Il y a une procédure pour la nomination des équipes dans les congrès qui s’explique simplement : il y a trois ou quatre modèles, si on n'est pas d’accord avec ces trois, quatre modèles, il faut que cela soit voté avant... Ce qui est une démarche compréhensible, mais à contre-courant du fonctionnement du scoutisme traditionnel. Le scoutisme est un modèle de tradition et de transmission pyramidal. Par contre les Eclaireurs eux, se sont toujours positionnés en rupture et dans la recherche d’un modèle démocratique, d’où la nécessité d’avoir des règles extrêmement rigoureuses. Vous avez pensé à utiliser Internet pour préparer toutes ces réunions statutaires, écrire des textes ensembles ?Aujourd’hui, ce n’est pas généralisé, nous avons des organisations très différentes, entre une région où ils n'ont même pas un ordinateur, dans leur groupe, et la région où ils ne travaillent que comme ça, il y a des grandes différences. Comme nous sommes toujours une association centralisée, (il n’y a qu’une association, il n’y a pas de décentralisation, statutaire en tout cas), il y a une solidarité interne qui implique, des moyens identiques pour agir partout de la même façon. C'est-à-dire qu’il faudrait équiper tout le monde, et puis modifier les modèles. Il y a quand même des gens très différents, dans l’association : un jeune ou des plus vieux qui bidouillent en informatique toute la journée et puis d’autres qui sont quand même encore un peu réticents et disent : « non, non, pas besoin de ça, ce qui est important c’est de prendre son sac à dos et d’aller dans les bois. » Au niveau des vingt cadres salariés, vous avez un travail spécifique sur Internet ?Ce n’est pas organisé, il y a certaines personnes avec lesquelles je communique par mails en permanence, et puis avec d’autres, c’est la liaison téléphonique et les rencontres qui sont nécessaires, il n'y a pas eu un plan d’utilisation, on progresse dans une transformation des pratiques au jour le jour, au quotidien. C'est un changement par la pratique, mais vous avez eu un débat ?Il y a eu un double mouvement le délégué général, est très intéressé par toutes ces technologies, globalement d’ailleurs, l’équipe nationale aussi, sur les six, on est assez d’accord, donc l’idée a germé de créer un site. Le délégué général voulait qu’il y ait un site et puis il y a sans doute eu aussi des adhérents qui ont dit :« nous on aimerait agir peut-on commencer ? »
Ensuite il y a eu de nombreuses initiatives locales déclenchées par le site national, ceci nous a obligé à créer une espèce de label pour les sites Eclaireurs de manière à ce qu’il y ai pas de problèmes, il y a pas mal de groupes qui ont créé leur propre site, maintenant. Il y a des liens sur le site national ?Il doit y avoir un lien avec les régions ou les groupes, beaucoup sont labellisés, le label il est simple, c’est éviter des liens avec des sites douteux, c’est faire attention que ce qui est écrit soit bien en accord avec les valeurs qui figurent dans un document, une charte. C’est préserver l’anonymat : au début les bénévoles inscrivaient leurs numéros et adresses personnels. Comment allez vous pratiquer, vous envisagez une surveillance ?C’est le rôle du web-master national, qui est bénévole lui aussi, on vient de décider de modifier la situation et de faire appel à un professionnel, parce que ce n’est pas possible pour un étudiant. Quel est l'apport du site pour l’association ?C’est un média de plus dans la maison, c’est un point d’entrée pour un certain nombre de personnes qui nous rencontre grâce à Internet , nous avons des demandes qui arrivent par mail, disant : « voilà, j’ai un enfant de dix ans, j’ai vu votre site, est ce qu'il y a un groupe pas loin de chez moi... » Entendons nous, ce n'est pas la foule, mais dans les procédures de réponse du standard, figure maintenant, la réception des mails, ceci commence à devenir significatif, la connaissance de l’association par le publique passe aussi par ce moyen. À l’interne, aujourd’hui, je ne crois pas que ce soit déjà mesurable, mais je pense qu'il y a une influence sur l’identité du mouvement, si des groupes, veulent faire des sites c’est qu’ils se reconnaissent, dans cette image qui est transmise à l’extérieur.  Ça permet peut-être aussi de montrer des spécificités régionales?Ils veulent aussi, montrer leurs activités, par exemple, les projets un peu originaux : ils sont partis au Québec, ils sont partis en Afrique, ils ont reçu un groupe de Roumains ou de Polonais, ils ont fait une course en mobylette ou une course de caisse à savon etc. ils veulent le montrer, ça existe déjà dans nos médias papier qui sont aussi la vitrine de tout ce qui se fait dans les régions, mais ce n'est pas le même média, là c’est plus immédiat. Comment percevez-vous le projet E-pop ?C’est un projet qui peut être intéressant, par exemple, le fait d’être en liaison à l’intérieur de la fédération du scoutisme Français montre qu’il y a déjà au moins une volonté des six associations de travailler ensemble, nous sommes partie prenante avec l’idée d’un site « scoutisme Français » qui montre les spécificités des uns des autres et qui permet aussi d’avoir des informations sur les formations, sur les rencontres, les colloques. Au niveau de l’éducation populaire, nous sommes membres du CNAJEP par exemple, nous pouvons percevoir une amélioration de nos relations, nous communiquons plus vite. C’est un frémissement qui ne concerne pas encore tout le monde. Je le vois vraiment comme un relais d’informations, comme la possibilité de s’échanger des textes, d’écrire, d’élaborer ensemble, mais au-delà de ça, je ne sais pas. Je ne crois pas beaucoup à l’histoire d’un fonctionnement développant la démocratie, ça augmente peut-être plus la prise de parole. C’est peut-être plus coopératif, mais avec un risque, c’est qu’il y ait des gens exclus de ce processus, que l’on crée de nouvelles élites. Il va y avoir ceux qui vont communiquer par Internet, qui vont donc échanger. C'est un peu ce que l'on fait avec le CNAJEP, il m’envoie un texte, on corrige, on renvoie, ça va très vite, et puis il y aura les autres qui vont courir derrière, et qui arriveront trois mois après à la réunion en disant : « mais je ne comprend pas, je n'ai pas été informé » c’est un peu le risque… Alors que sur des modèles peut-être plus traditionnels, c’est long, c’est lourd, mais il y a peut-être un niveau d’information que tu peux rétablir, tu risques moins de perdre quelqu’un en route. Ceci dit il y a des gens qui ne lisent pas les informations sur papier…Si je repense à notre histoire de forum, aujourd’hui il y a ceux qui sont dans le forum et ceux qui n’y sont pas, certains disent : « c’est votre jouet, c’est le truc des 200 », il y a un mythe dans l’association des 200, c'est-à-dire, les salariés de niveau cadre, le comité directeur, le conseil d’administration, les responsables régionaux, il y a un sentiment, que c’est le jouet de l’élite. Je sens qu’il y a vraiment le risque de création d’une nouvelle élite associative. Au CNAJEP, j'observe qui intervient, nous ne sommes pas beaucoup à êtres concernés part ces usages, on compte les associations sur les doigts de la main, ce ne sont pas forcément les plus importantes d’ailleurs, ça c’est intéressant par contre, ça va peut-être changer un peu les rapports de forces, peut-être que les petites associations peuvent intervenir plus souvent, peut-être parce qu'il y a plus d’écrits sur Internet.
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