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Frich’Art ou l'expérience culturelle des jeunes des quartiers défavorisésL'association Katapulse a lancé en mai 2006 un projet innovant de l'éducation populaire, entre insertion et culture. Frich'Art
permet aux jeunes des quartiers populaires de Dijon d’avoir accès à la pratique artistique. La culture pour tous les jeunesLe projet de l’association Katapulse est né du sentiment d’urgence de faire quelque chose pour les jeunes des quartiers sensibles, suite aux émeutes de l’automne 2005 qui ont touché aussi Dijon. Il s’est ensuite appuyé sur les constats établis par Elen Debost et Florian Raimondi dans leur pratique associative et sur le « rapport final vers l’élaboration d’un projet éducatif local » émis par la municipalité dijonnaise en 2003 : les plus de 13 ans n’avaient guère accès aux animations culturelles de la commune. Le but : concrétiser les projets artistiques proposés par les jeunes des quartiers difficiles de Dijon et des communes voisines comme Chenôve, Longvic, Quetigny et Talant. « Il s’est exprimé un vrai besoin auprès des jeunes de 15 à 25 ans de pratiques culturelles que la ville voulait combler », explique Elen Debost, la responsable de l'initiative. Frich'Art, jeu de mot pour culture en friche, voit alors le jour. Séduire les jeunesD'après Katapulse qui soutient de jeunes artistes depuis 2002, la culture peut rendre concrète l’égalité des chances. Pour recueillir les appels à projets, l'association s'est lancée dans un important travail de sensibilisation. « On a ciblé les endroits que fréquentent les jeunes : cybercafés, cinémas de quartiers et même Kebabs », explique la responsable. Les établissements scolaires de la ville ont également été sollicités. Les délégués d'élèves relayaient ainsi l'information auprès de leurs camarades. Un blog a même été créé à cette occasion. La « Star Ac' » des quartiers difficilesLe credo de Katapulse : parler de ce qui fait référence auprès des jeunes comme des émissions « cultes » auxquelles les ados peuvent s'identifier. « Pour faire adhérer les jeunes à ce projet, il faut leur parler de ce qu'ils connaissent déjà », souligne Elen Debost. Alors comme à la « Star Ac' », les jeunes vont passer un casting, pas pour devenir célèbre, mais pour apprendre à construire un projet culturel collectif et le voir aboutir. « Ils n'ont qu'un désir : que les adultes les prennent, pour une fois, au sérieux au lieu de les ranger systématiquement dans des cases. » Ni producteur, ni diffuseurLors des auditions en septembre dernier, les membres du jury n'avaient que l'embarras du choix. 96 jeunes se sont présentés, 36 projets ont été défendus, répartis en quatre disciplines : théâtre, arts visuels, danse et musique. Les prestations de chacun ont été filmées et diffusées sur Dijon première, une télé locale sur Internet. Il ne s'agissait pas de juger les projets ficelés mais de mesurer l'envie de chacun de se lancer dans cette aventure. L'enjeu était clair dès le départ : ni producteur, ni diffuseur, Frich'art est avant tout une plateforme de formation artistique pour des jeunes réellement motivés, soucieux d'acquérir une expérience sur une longue durée. Résultat : 20 projets ont été sélectionnés. 14 mois de travail« Nous avions besoin de gens qui tiennent la route », souligne la directrice de Frich’Art. La « promo 2006-2007 » s'est investie sur 14 mois pour concrétiser ses aspirations artistiques sans que cela n'empiète sur le rythme scolaire, les répétitions se déroulant les week-ends, les mercredis après-midi et pendant les vacances. « C'est en nous intéressant à ce qu'ils font que nous avons pu progressivement les amener à accéder à une pluralité d'expression culturelle comme assister à des représentations qu'ils n'avaient pas l'habitude de voir telles que la danse contemporaine ou les comédies musicales », ajoute-t-elle. Cela signifie, en amont, permettre aux lauréats de découvrir l'envers du décor en rencontrant les artistes dans les coulisses. Le but est de les pousser à s'interroger sur les différents aspects de la pratique artistique. Katapulse bénéficie ainsi de l'implication d'un large réseau de partenaires culturels et socioculturels locaux comme la MJC des Grésilles ou la Maison de quartier de Fontaine d'Ouche ou de lieux reconnus comme le grand théâtre de Dijon ou La Vapeur
qui prête ses locaux pour les répétitions musicales. Accompagnement de jeunes professionnelsL'association a recruté de jeunes artistes en rapport avec les projets retenus pour accompagner les lauréats dans leurs démarches. « Pour les encadrer, nous avons choisi des personnes qui ne soient pas trop éloignées en âge et qui possèdent au moins cinq ans d'expérience artistique », précise Emilie Khan, responsable de communication de l'association. Salariés de la structure, ces « référents » font offices de « guides » auxquels les artistes en herbe s'identifient, un peu comme si il « s'agissait de grands frères ou de grandes soeurs ». Par leur accompagnement, ils s'éloignent du schéma strictement scolaire avec lequel ces adolescents sont « plus ou moins fâchés ». S'appuyer sur des personnes qui leur ressemblent, c'est leur permettre de s'exprimer plus librement « sans cette rigidité académique qui les rebute ou les bloque ».
Le plus difficile était de trouver les moyens de communication adéquats : « pas facile de rassembler les troupes et de se tenir au courant alors que tout le monde est éclaté sur toute la ville », analyse Émilie Khan. Les nouvelles technologies sont venues à la rescousse. Chacun a usé et abusé de textos et de chats spontanés sur Internet, souvent tard le soir, outils dont tous les adolescents raffolent. Plus de confianceFrich’Art, c’est 14 mois de travail intensif pour monter un spectacle en novembre 2007. Mais l'essentiel n’est pas là. « Cette expérience leur a montré qu'ils étaient capables de s'investir dans un projet sur une longue période et de le voir aboutir. Ils ont surtout changé le regard qu'ils portaient sur eux-mêmes et leurs potentialités », constate Elen Debost. Certains se sont ainsi réconciliés avec l’école en reprenant un cursus scolaire normal, d’autres vont tenter les beaux-arts ou leur chance dans le milieu artistique. « Et puis, on ne les lâche pas dans la nature. L’accompagnement se poursuivra directement avec les référents par un coup de téléphone de temps à autre », rassure la directrice. De la théorie à la pratiqueDans les tiroirs, il y a ce projet d’étendre l’initiative dans les zones rurales du département. Un essai est programmé sous le nom de Rur’art dans le pays auxois-morvans dès janvier 2008. Entre temps, de nouvelles auditions vont être organisées les 22 et 23 septembre prochains pour constituer la promo « 2007-2008 ». Ainsi, pendant deux mois, les nouveaux profiteront de l’expérience des plus « anciens ». L'association a, en outre, la volonté de rendre les sorties culturelles obligatoires et non plus facultatives. Pour Elen Debost, l'expérience Frich'art se résume de la manière suivante : « Les jeunes sont passés de la théorie à la pratique. L'égalité des chances n'est plus pour eux un beau concept abstrait. Pour la première fois de leur vie, ils l'ont vraiment vécu. »
Cette entreprise a coûté près de 125 000 euros, l’essentiel du financement provenant de l'Europe. Katapulse a bénéficié de la Mesure 10 B du Fonds social européen (FSE) et a fait appel à Apsel, un organisme intermédiaire qui gère ces fonds en Bourgogne. Par ce biais, l'association a obtenu près de 23 000 euros. Elle a bouclé son budget avec le dispositif Access du conseil régional de Bourgogne
, le ministère de la Jeunesse et des Sports, la ville de Dijon et la Caisse des dépôts et consignations.
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