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Insriptions sur les listes électorales : mobilisation généraleLes précédentes élections présidentielles ont posé la question urgente de la participation des citoyens à la vie démocratique. En 2005, la révolte des banlieues a réactualisé cette question, dont les campagnes associatives pour l’inscription sur les listes électorales et contre l’abstention, particulièrement en direction des jeunes, se voulaient une réponse. D’autres associations, ainsi que des institutions et des partis politiques ont emboîté le pas aux campagnes associatives.
Des inscriptions en forte augmentationLe Centre d’analyses stratégiques devrait bientôt publier un bilan général sur l’impact de ces campagnes et de la loi du 10 novembre 1997 qui instaure l’inscription automatique (Centre d'analyses stratégique). Chacun s’accorde sur le constat d’une augmentation sensible des inscriptions. Selon les maires des communes concernées par la « crise des banlieues », l’augmentation des inscriptions sur les listes électorales était déjà incontestable fin 2005, au lendemain des « émeutes », et se confirme aujourd’hui dans les moyennes et les grandes villes. À Paris par exemple, 109 000 inscriptions ont été recensées en 2006 contre 88 000 en 2001. À Lille, l’augmentation des inscriptions est en hausse de plus de 67 % par rapport aux précédentes élections présidentielles. Des résultats très satisfaisants au regard d’une situation qui, par endroits, était plus qu’inquiétante ; dans la cité des Cosmonautes de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) par exemple, on comptait en 2002 10 % de non-inscrits (soit 2,5 de plus qu’au niveau national) et un taux d’abstention de 40 % aux présidentielles. Associations : une traduction politiqueLes initiatives, qui s’adressaient aux jeunes pour l’essentiel, ont foisonné au cours du dernier trimestre 2006 : associations, institutions, partis politiques ont rivalisé d’affiches, de débats ou de journées d’information sur la question. Parmi les plus médiatiques, l’association AClefeu, créée à la suite des émeutes de 2005, s’est entourée de plusieurs centaines d’autres associations et de personnalités pour lancer sa campagne. Le collectif avait pour objectif d’inciter les jeunes à « montrer qu’ils existent » aux politiques et de rappeler qu’ils pouvaient eux aussi peser sur le résultat des élections. Même préoccupation pour les associations "Devoir de mémoire", "Votez banlieues" ou encore le club des élus "Allez France". Sans toutefois donner de consigne de vote, ces associations ont souvent axé clairement leur argumentaire sur une réponse à une stigmatisation et un refus de l’extrémisme. Pour toutes, il s’agissait de « donner une traduction politique à ce vent citoyen qui s’est levé en banlieue et de trouver les canaux de transmission qui permettent aux revendications des cités d’intégrer les programmes des candidats à l’élection présidentielle. La fièvre semble s’être emparée des cités et la radio Génération a même lancé un concours d’inscriptions en Ile-de-France. Elle compte offrir un concert à la ville qui en comptera le plus. Partout, des rappeurs locaux relaient l’appel à aller voter. Les partis contre l'abstentionPréoccupées plus généralement par la lutte contre l’abstention, les branches « jeunes » des partis politiques ne sont pas en reste. Certains d’entre eux rappellent ainsi qu’« en 2004, moins de la moitié des moins de 40 ans ont voté contre près des trois-quarts des plus de 40 ans (...). Dès lors il ne faut pas s’étonner que seulement un conseiller municipal sur 10 a moins de 40 ans, 1 maire sur 20, 1 conseiller général sur 20, 1 député sur 50... » Pour mobiliser les jeunes, ces mouvements n’hésitent pas à détourner les campagnes contre le tabac en reprenant ses slogans : « L’abstention rend la démocratie stérile », « Ne pas voter tue la démocratie »... Un soutien des pouvoirs publicsInstitutions et associations ont travaillé de concert au sein du Cidem par exemple (Civisme et démocratie) dont la campagne a été financée par le ministère de l’Intérieur. Le Cidem, qui regroupe onze associations, dont ATD Quart-Monde, le MRAP ou la Ligue des Droits de l’Homme, avait diffusé, fin décembre, 250 000 dépliants et 30 000 affiches pour réduire le reliquat de non-inscription après l’inscription automatique prévue par la loi de 1997. En Ile-de-France, le conseil régional et le conseil régional des jeunes ne se sont pas contentés de leur campagne pour les inscriptions et ont poursuivi leur action avec une autre campagne pour « déposer le bulletin dans l’urne ». Baptisée « En 2007, sors tes papiers », cette campagne se veut provocante et se fixe pour objectif de réduire un taux d’abstention qui a atteint 26 % aux élections européennes et régionales de 2004. Au delà des élections, une éducation à la citoyenneté.Mais l’inscription sur les listes électorales ne suffit pas à régler le problème du rapport des jeunes au politique, qui ne se résume pas à l’élection présidentielle. Le réseau Animafac, dans une fiche pratique pour mener une campagne en faveur de l’inscription sur les listes électorales, prévient : « ce type de campagne s’apparente généralement à de véritables actions d’éducation à la citoyenneté ». Le réseau constate en effet que « les institutions et leurs fonctions sont peut-être trop opaques » et que « les rôles et les enjeux ne sont pas assimilés. » Même réflexion au Conseil des jeunes de Créteil, qui a élaboré, avec les jeunes, une campagne sur le même thème. « C’est un travail sur le long terme », confie Sylvie Brault, responsable du Conseil, « il ne faut pas s’en tenir à des coups médiatiques. Il faut du temps, d’une part pour que la confiance s’installe avec les jeunes et, d’autre part, pour qu’ils assimilent le fonctionnement des institutions, ce que l’école, peut-être, ne leur apprend qu’insuffisamment. » Pour Sylvie Brault, il faut en outre apprendre à décoder images et discours, car voter est une chose, mais savoir pour qui voter en est une autre et la tâche devient alors plus délicate. Il faut tempérer les adhésions-réflexes et le choix d’un candidat parce qu’il a une bonne tête. « Nous ne roulons pour personne, nous ne sommes pas des politiques », précise t-elle, « mais nous les incitons par exemple à aller au Conseil national des jeunes, où ils rencontreront des jeunes gens qui font leurs armes en politique. » Si le Conseil des jeunes de Créteil ne peut dresser un bilan précis de sa campagne, Sylvie Brault se réjouit que beaucoup de parents aient poussé leurs enfants à s’inscrire et que les jeunes du Conseil se soient faits les relais actifs de la campagne auprès de leurs amis et de leur famille. Reste l’inquiétude de voir cet engagement retomber au lendemain des élections présidentielles, au détriment des législatives, moins médiatiques, comme l’a déjà constaté S. Brault en 2002.
Une cérémonie pour la remise de la carte d'électeurL’inscription sur les listes électorales a pris un tour solennel avec le décret du 8 février 2007 relatif à la cérémonie de citoyenneté pour la remise de la carte électorale. Réformant le code électoral, ce décret prévoit l’organisation par le maire, d’une cérémonie, en présence du préfet et du tribunal de grande instance, pour les personnes inscrites sur les listes électorales de la commune qui ont atteint l’âge de 18 ans depuis le 1er mars de l’année précédente. Les jeunes électeurs se verront remettre un « livret de la citoyenneté », rédigé avec le concours du Conseil national de la jeunesse.
Voir aussi :Banlieues : des associations entre les jeunes et les institutions
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