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Banlieues : des associations entre les jeunes et les institutionsQuelques mois après « les émeutes des banlieues », le gouvernement a débloqué 100 millions d’euros à destination des associations, réparti entre le Fonds interministériel à la ville, les associations sportives et la santé. Si aucune réponse miracle n’a été apportée à la question de la participation de ces jeunes à la vie de la Cité, il n’en reste pas moins que les associations de jeunes effectuent un travail remarquable. Un cadre de formation citoyenneLa création d'associations telles que Ni putes ni soumises, Ac lefeu, Respect banlieues ou encore Ma 6té va changer témoigne d’une volonté de participer à la chose publique et de se faire entendre. Ces initiatives sont intéressantes en ce qu’elles signifient que le « collectif » est moins perçu comme un encadrement coercitif que comme un moyen d'action, un outil. Ce regroupement en associations citoyennes s’avère très formateur pour les jeunes qui les créent ou les intègrent. Leur démarche les confronte aux institutions, à l'organisation, à la gestion d'un collectif, au fonctionnement des médias. Ils acquièrent ainsi connaissances et expérience et, d'une certaine manière, élaborent eux même leur propre programme d'éducation populaire. Une culture de la participationSans se substituer aux anciennes formes d'encadrement, ces nouvelles formes d'action associatives ont su inscrire une certaine culture de la participation, ou de l'implication dans la vie de la Cité. Certaines associations d'éducation populaire se font fort de faire la jonction avec les jeunes. Les associations du Réseau Staj (Service technique pour les activités de jeunesse), par exemple, rencontrent les jeunes là où ils se trouvent. Les animateurs y décèlent les projets et offrent un accompagnement technique, qui ne se substitue pas à la participation des premiers concernés. D'autres encore, comme l'Observatoire de la Ville à Yvry, dispensent dès le plus jeune âge, un savoir sur la Ville qui participe à la construction d'une conscience collective et citoyenne. Ce qui n’est pas chose facile. Quelles associations pour quels jeunes ?La catégorie des « jeunes » recouvre en effet des réalités très différentes. L'offre associative varie par conséquent selon les tranches d'âges, la difficulté de l'encadrement également. Pour le sociologue Gérard Mauger, auteur notamment de L’Émeute de novembre 2005, Une révolte protopolitique des distinctions multiples sont à faire chez les « jeunes de banlieues », selon l'âge, le sexe, la culture d'origine, la scolarisation ou non, l'emploi ou le chômage... Pour lui, « ce sont les classements scolaires qui tracent les frontières décisives dans la mesure où ils décident de l'avenir professionnel, matrimonial, etc. » Cette distinction échec ou réussite scolaire se retrouve en outre au sein d'une même famille. Il n’existe donc pas de portrait type du « jeune de banlieue » : « ce qui passe pour intello aux yeux des uns, passe pour débile aux yeux des autres, ce qui plaît aux grands déplaît aux petits (...) Les associations doivent sans cesse arbitrer entre les attentes de publics distincts et souvent opposés. » explique Gérard Mauger. Sortir du loisirLes associations oeuvrant à destination des jeunes sont souvent enfermées dans des activités d’animation. Or, l'offre de loisir pour les jeunes ne suffit plus. Certaines cités connaissent des taux de chômage record. Ce contexte appelle un travail sur l'emploi, le logement, parfois sur la survie quotidienne. L'action auprès des jeunes relève alors de l'action sociale. A Grenoble, Jean-François Miralles, directeur de la pépinière de projets associatifs jeunes Cap Berriat, confie : « 25 % des jeunes que nous recevons sont Rmistes ou chômeurs, 23% ont un CDD, 28% sont étudiants. Les moins de trente ans sont durement touchés par la précarité. » Notamment pour les grands, il estime qu’« il faut sortir du projet de loisir. Les projets doivent prendre une autre dimension et travailler sur des questions citoyennes, du quotidien, sur le travail, le logement, la culture locale. Cela permet aussi une meilleure intégration. Cela donne des bagages à valoriser, y compris sur le plan professionnel. » Retour au politiqueL'enjeu, alors, serait d'en revenir au politique, « au sens noble du terme », précise Jean-François Miralles, qui tempère cependant : « lorsqu'ils font l'apprentissage de l'engagement, ils ont du mal ensuite à trouver leur place dans le champ politique ». Et de citer l'exemple du logement : « On assiste à une explosion de la collocation chez les jeunes. Comment cela est-il pris en compte dans les politiques de logement qui continuent à faire de grands appartements familiaux ? » Un décalage qui a peu de chance de changer la « piètre image » qu'ont les jeunes du monde politique, à en croire un récent sondage Ipsos pour l'association « Graine de citoyens ». Même si cette enquête ne distingue pas les provenances sociales des jeunes interrogés, un autre constat mérite attention : à la question de savoir quels enjeux doivent être les priorités du prochain président de la République, les jeunes font de la lutte contre le chômage le premier de ceux-ci, devant l'augmentation du niveau de vie et l'environnement. Les jeunes au chômage font en général appel à des associations qui n'ont que peu de choses à voir avec l'animation sportive. A Lens par exemple, il n'est pas rare que l'association d'aide aux chômeurs Droit au travail accueille des chômeurs d'à peine 20 ans, en rupture familiale, sans formation. Daniel, l'un d'entre eux, confirme : « je suis là pour un contrat, pas pour m'amuser...».
25 ans de liberté pour les associations étrangères ! Plus souvent que les « autres jeunes du territoire », ceux « des banlieues » ont des parents qui ne jouissent pas de la nationalité française. Leurs premiers pas dans les associations, ils les ont donc parfois accomplis dans des « associations étrangères », ainsi nommées parce qu’elles sont composées majoritairement, ou dirigées, par des « étrangers ». La création de ces associations, suspectées d'inféodation politique étrangère, était soumise depuis 1939 à une autorisation préalable du ministère de l'Intérieur. Il a fallu attendre le 9 octobre 1981 pour qu’une loi abolisse le titre IV de la loi de 1901 responsable de ce régime discriminatoire. Alors que les « associations étrangères » autorisées étaient jusque là peu nombreuses et exclusivement cantonnées à la sphère culturelle en relation avec le pays d’origine (rapatriement des corps, cours de langue…), la liberté pleine et entière accordée en 1981 a été suivi d’un véritable boom associatif. « L’abrogation nous a obligés. Nous regardions toujours vers le Maroc, à travers nos cours d’arabe, nos fêtes… mais la loi nous a tournés davantage vers la France » résume Ali El Baz, coordinateur de l’Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF) lors d’une rencontre organisée à Saint-Denis (93) le 21 octobre dernier par l'Agence de promotion des cultures et du voyage (Apcv) pour commémorer les 25 ans de liberté d'association pour les étrangers.
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