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Internet au service des associations ?

Compte-rendu

Intervenants 2

La table ronde est animée par François BERNARD, consultant, en présence des intervenants suivants :
Alain LIPIETZ, député européen
Guy JANVIER, directeur délégué interministériel à l’économie sociale (DIES)
Alain GIFFARD, de la mission d’accès public à l’Internet (MAPI)
Manuel COLOMBAT, de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP)
Benoît DUMOLIN, conseiller du programme multimédia de la Fondation de France

Monsieur BERNARD

Bonjour et merci de vous être déplacés. A la suite des diverses présentations, un débat vous permettra de clarifier toutes les questions que vous vous posez au sujet du rôle d’Internet dans la vie associative. L’institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP), qui dépend du ministère de la jeunesse et des sports, en est l’instigateur et est représenté aujourd'hui par Manuel Colombat. Ce dernier, qui dirige le JESSI, la cellule multimédia de l’INJEP, vous exposera la fonction et les objectifs du portail e-pop, lancé dans le cadre du Salon de l’Education et destiné aux associations d’éducation populaire.

Alain Lipietz est député européen et économiste. Auteur d’un rapport sur le tiers secteur, il nous expliquera en quoi le monde du numérique peut favoriser l’essor associatif.

Alain Giffard, au sein de la MAPI, témoigne de l’effort des pouvoirs publics pour élargir l’accès à la société de l’information. Il nous expliquera comment les associations peuvent être touchées par cette mission interministérielle.

Guy Janvier dirige la DIES qui, depuis 1981, est l’interface privilégiée des mutuelles et des associations d’économie sociale.

Enfin, Benoît Dumoulin, de la Fondation de France, a co-dirigé le Guide multimédia et Internet pour permettre aux associations de faire leur entrée dans le monde d’Internet.

Alain LIPIETZ

Alain LIPIETZ

Il y a une dizaine d’années, Internet était perçu par l’intelligentsia française dite progressiste comme un facteur de désocialisation provenant des activités militaires américaines. Ces inepties faisaient face aux idéologies pro-Internet qui prophétisaient un changement proche des rapports sociaux. Pour ma part, il s’agissait avant tout d’un outil de travail. En participant à la préparation de la conférence de Rio pour le compte de l’UNESCO, les ONG situées dans les pays du tiers-monde ont commencé à communiquer avec moi par l’intermédiaire de cet outil. J’ai ainsi pris conscience qu’Internet était un moyen instantané et pratiquement gratuit de communication d’un bout à l’autre du monde.

I. Les forces d’Internet

1. Un couloir de communication alternatif

Contrairement aux idées reçues, le protocole TCPIP n’est pas une invention technologique de l’armée américaine, mais un outil de télécommunication universitaire et inter-universitaire, notamment destiné aux universités du tiers-monde. A l’origine, Internet n’est donc pas un instrument de pouvoir, mais un outil de communication à disposition des ONG et des associations. Ce n’est qu’à Seattle en novembre 1999 que les journalistes européens se sont rendus compte de sa force de mobilisation, lorsque des militants du monde entier ont pu être prévenus sans passer par les couloirs d’information habituels.

2. Un outil gratuit libre d’effets d’économies d’échelle

Internet est non seulement gratuit, mais il ne produit aucun effet d’économies d’échelle. Dès lors que des consommateurs sont drainés vers un lieu publicitaire où les activités sont commerciales, une certaine taille s’impose de manière à réduire les coûts marginaux. Certes, une foule de grandes sociétés ont commencé par diffuser des sites gratuits remplis de publicités. Mais si le rapport social existe avant la communication Internet, aucune économie d’échelle n’est requise. N’importe quel groupe peut monter une page d’accueil, qu’il s’agisse d’un réseau mondial ou d’une association de quartier. Grâce au logiciel Spip, à présent, il ne suffit même plus d’être doué en infographie pour se doter d’un portail de qualité.

A l’inverse, la presse connaît d’énormes effets d’échelle. Le journal une fois composé, il est vendu d’autant moins cher qu’il est distribué en grande quantité. Les rotatives d’impression obligent la presse à augmenter la diffusion, alors que sur Internet, vous payez le même prix pour consulter les informations destinées au grand public et celles de minuscules associations.
Ainsi, le risque de domination des grands groupes est éliminé. Si la disparition des petits journaux et la concentration de l’information par les grands oligopoles médiatiques nuisent beaucoup à la vie politique et associative, Internet permet un accès d’expression libre où un individu seul peut émettre.

3. Un outil égalitariste de résistance au même titre que les associations

L’importance sociale d’Internet dépend du rapport social préexistant.
Je n’aurais pas la naïveté de croire qu’en matière d’information, seul le fond compte, ni que le véhicule est négligeable. Effectivement, la numérisation fait régresser trois de nos sens sur cinq. Nous sommes de plus en plus intellectualisés, virtualisés, et Internet représente un risque.

Cependant, il ne crée absolument aucune hiérarchie sociale. Lorsqu’il est utilisé par des individus dont la volonté est de se connecter les uns aux autres, Internet est égalitariste, au même titre que les associations.
Le phénomène associatif naît au XIXème siècle en milieu populaire, sur la trace des congrégations religieuses et des clubs politiques du XVIIIème. Avec l’érosion des structures hiérarchiques traditionnelles comme l’église et la famille, les individus éprouvent la nécessité de construire des associations selon des critères d’appartenance choisis, en vue d’une action de protection et de résistance. Cette résistance peut être exercée contre la maladie et la mort au sein des premières mutuelles, contre l’exploitation professionnelle dans les syndicats, ou contre l’oppression sociale dans les premières associations de la loi 1901. Au début, l’Etat réagit par la répression. Mais à partir de 1901, tout le monde peut s’associer librement et sans autorisation. L’association est en quelque sorte la construction d’une famille alternative.

La volonté de se connecter existe donc avant le médium. Or la diffusion d’une information est chère : l’envoi d’une circulaire, la location d’une salle coûtent aux associations. Effectivement, l’habitude de ne plus correspondre que par Internet peut avoir des conséquences néfastes sur la rencontre physique des membres. En revanche, les risques de coût, de hiérarchie ou de monopolisation de la parole sont pratiquement nuls.

II. Les limites d’Internet et leur dépassement

1. L’obstacle du coût d’acquisition et de maintien de l’équipement

Tout d’abord, lorsque je déclare qu’Internet est sans coût, je suppose que tout le monde dispose d’un ordinateur et ce n’est pas le cas. La construction et le maintien d’un portail a également un certain coût.

L’acquisition d’un ordinateur est le principal obstacle. Néanmoins, si l’existence du minitel a effectivement retardé l’établissement d’Internet en France, il a eu le mérite de développer la culture de la télématique. Nous pourrions dater l’apparition de la démocratie télématique en France des grèves des infirmières et de la SNCF en 1988, lorsque les centres syndicaux et les hôpitaux ont communiqué par minitel. Cette expérience était la première réussite de la démocratie télématique directe. Grâce au minitel, tout le monde s’est vite familiarisé avec la frappe sur clavier.

Aujourd'hui, les moyens techniques restent relativement chers mais ils baissent de façon significative. Aurait-on dû offrir un terminal à tout le monde comme le concevait France Telecom à un moment ? Ce n’est pas une solution évidente, d’autant qu’il aurait fallu décider d’une marque particulière.
La dotation en équipement ne relève pas de l’Etat, bien que France Telecom doive accélérer la mise en place d’une infrastructure collective. Il est regrettable que nous ayons en France des grands monopoles non-contrôlés démocratiquement qui, par une espèce de capitalisme d’Etat, décident de la vitesse de diffusion des moyens informatiques et de communication.

Le coût de maintien d’un portail n’est pas négligeable non plus. Ce problème est lié à celui du financement des associations. Dans mon rapport, je propose que toutes les associations d’économie sociale et solidaire bénéficient de dispenses de cotisations et d’exonérations d’impôts. Monsieur Janvier nous dira peut-être où en est cette proposition.

2. Internet nuit-il au rapport social ?

Enfin, Internet ne développe que deux sens sur cinq. L’odorat, le goût et le toucher participent pourtant du sens de la communauté et appartiennent également à l’idéal associatif. Effectivement, Internet ne résout pas le besoin de fête collective, mais il n’est pas le seul : le livre et le microsillon ont également diminué les rapports de convivialité. Autrement dit, il ne faut pas attendre d’une technologie de reconstruire l’intégralité des rapports sociaux.
Du reste, Internet est le principal moyen d’invitation aux rave parties et peut, si les acteurs en ont la volonté, servir le regroupement.

Monsieur BERNARD

Alain Lipietz nous a parlé de la possibilité de se connecter, et de l’apparition d’une culture de la communication à distance. Suite au discours de Lionel Jospin en 1997 sur le retard français vis-à-vis d’Internet, le gouvernement a créé la MAPI afin d’en favoriser l’accès public.

Alain GIFFARD

Avec le MAPI, les pouvoirs publics ont décidé d’accompagner les associations afin de donner une impulsion déterminante à l’échange informatique. Les associations, soit que leurs activités touchent le développement culturel, l’éducation populaire ou l’insertion des jeunes, soit qu’elles se soient précisément constituées autour de ce nouveau média, comme Créatif qui relie par Internet différents promoteurs de la scène publique, jouent un rôle clef dans la diffusion d’Internet en France.

I. Historique de la participation de l’Etat à l’accès au numérique

1. Dans un premier temps, un laisser-faire du marché

Cette activité a d’abord été ignorée par les commentateurs publics et les médias. Jusqu’en 1998 et 1999, personne n’entend parler de ces initiatives de démocratisation et de diffusion d’Internet. C’est une erreur d’appréciation politique. La pensée unique du moment prédisait que les taxes d’accès et le prix des ordinateurs allaient baisser, que les services d’accès s’adresseraient au plus grand nombre, et finalement, que le marché à lui seul permettrait d’entraîner naturellement la majeure partie de la population vers Internet. Le commerce électronique s’est en réalité porté sur des objets de consommation technologiques très poussés s’adressant à une population très précise. En tant que conseiller technique de Catherine Trautmann, travail qui consiste entre autres à réunir des articles et des informations pour la ministre, j’avais instauré des « espaces culture multimédias », mais sans grand succès ni soutien.

2. Le tournant de 1997

Alain GIFFARD L’an dernier, les pouvoirs publics se sont rendus compte que le marché ne pouvait pas s’occuper seul de la diffusion de l’Internet et ont découvert le travail en profondeur réalisé par les associations. A partir du discours de Lionel Jospin en 1997, le gouvernement a donné une cohérence à son action en lançant le « programme du gouvernement pour une société d’information solidaire ». La dimension solidaire, républicaine, égalitaire, s’est exprimée par la diffusion de postes informatiques dans les écoles ainsi que par un regain d’intérêt pour les espaces culture multimédias.

Par la suite, le thème du fossé numérique se développe. On se demandait aux Etats-Unis comment faire pour que les non-étudiants aient un accès aux technologies de l’information. Le comité interministériel pour la société de l’information (CISI), réuni en juillet 2000, a décidé de combler le fossé numérique entre les internautes confirmés et les amateurs en mettant en place une politique d’accès public à l’Internet. Jusqu’en décembre 2000, cette mission gouvernementale et interministérielle fait pourtant peu de cas au travail de terrain des associations et des collectivités territoriales.

II. Un Etat désormais tourné vers la formation et la démocratisation

1. Une politique décentralisée et participative de création d’espaces publics numériques

Concrètement, la politique publique d’accès à Internet consiste à créer des espaces publics numériques. Une charte insiste sur l’initiation du grand public aux technologies de l’information, la diffusion, la découverte et la mise en réseau. C’est une plateforme de base, commune, transversale, à l’ensemble des organismes publics : le programme des cyberbases à la Caisse des Dépôts et Consignations, des cybercentres dans la région Nord et dans le Limousin, des espaces culture multimédias, sont ainsi concentrés sous un label commun. Nous aidons les différents espaces publics par des actions de formation.

J’insiste sur notre travail collectif, dont l’idée est celle du travail en réseau. La MAPI, qui s’adresse à l’ensemble des associations travaillant à la démocratisation d’Internet, n’emploie que quatre personnes. L’activité de notre groupe de travail est publique et transparente : les comptes-rendus mis en ligne sont vraiment le reflet de notre travail quotidien.

2. Une collaboration nourrie entre l’Etat et le milieu associatif

Le réseau de l’espace public numérique s’appuie sur la mise en relation des initiatives associatives entre elles, ou entre les associations et les centres socio-culturels et autres maisons de la culture. Des rencontres avec les collectivités territoriales sont organisées. Notre mode de fonctionnement reconnaît donc la fonction éminente des associations dans ce secteur, et notamment dans celui de la démocratie de l’Internet.

Parallèlement, l’Etat est en train de se doter d’une structure cohérente, notamment auprès des préfectures de région avec des chargés de mission spécialisés sur les nouvelles technologies. Je leur explique fréquemment que notre système n’est pas centralisé. Notre mission se trouve donc à la conjonction d’une nouvelle forme d’intervention de l’Etat et la mobilisation associative.

Concrètement, nous avons plusieurs dispositifs pour aider les espaces publics numériques : le sous-programme des espaces culture multimédias, celui des cyberbases géré par la Caisse des Dépôts et Consignations, le programme des points cibles du ministère de la jeunesse, un programme en milieu rural réalisé en collaboration avec la DATAR. Toutefois, nos appels d’offres ne sont pas réservés aux organismes publics. Les associations peuvent ainsi participer au programme des espaces culture multimédias.
La dimension politique, voire politicienne, est présente dans l’entrée des collectivités territoriales sur Internet. Aussi l’Etat doit-il travailler dans un cadre décentralisé, en attachant de l’importance à l’indépendance associative.

3. Le passeport pôle Internet et pôle multimédia

Des mécanismes d’aide financière et technique sont donc mis en œuvre, notamment le passeport pôle Internet et pôle multimédia, qui permet aux espaces publics numériques d’initier le grand public à l’informatique. Il s’agit d’une formation aux technologies culturelles et de l’information dans une perspective citoyenne. Nous ouvrons ainsi une interrogation publique sur la culture technologique des citoyens, différente de l’initiation dans le cadre de l’école ou de la formation professionnelle.

Nos expériences avec les gens du voyage, avec les quartiers nord de Marseille, avec des femmes qui ne peuvent pas utiliser l’ordinateur chez elles, témoigne de l’adaptation de nos formations dans les espaces publics numériques aux différentes catégories de publics. Les jeunes, par exemple, ont une bonne compréhension informatique, mais ils sont parfois tellement habitués à l’utilisation du chat et des jeux vidéo en ligne qu’ils ne savent pas toujours ce qu’est un moteur de recherche.
Aujourd'hui, la direction de la technologie présente ce passeport sur ce salon de l’Education.

4. Vers une pérennisation et une rationalisation législative de l’aide étatique

La pérennisation des espaces publics numériques est un volet d’intervention qui concerne le rapport à long terme des associations avec l’Etat. L’objectif du gouvernement est d’avaliser 2 500 points d’accès en tant qu’espaces publics numériques, qu’il convient ensuite d’accompagner. Ceux qui pensaient que le marché allait entraîner tout le monde à l’Internet souhaitent évidemment que les opérations publiques d’accès à Internet soient provisoires. Pour ma part, je suis convaincu que notre travail est fondamental et durera au moins une dizaine d’années. Des organismes comme le MAPI sont nécessaires et supposent une viabilité sur le long terme.

Or il n’existe aucune loi sur la démocratisation ou sur le droit aux nouvelles technologies. Nous ne dépendons encore que de la bonne volonté d’un comité interministériel. Désormais, nous devons donc assurer cette pérennisation en attribuant aux différents opérateurs une fonction particulière : l’Etat, la Caisse des Dépôts, la Fondation de France, les collectivités territoriales, font encore tous la même chose. A ce titre, l’appropriation du débat de l’accès public à Internet par la Commission Européenne est assez comique : elle a commencé par une conférence par Microsoft sur le retard européen dans la formation des cadres d’entreprise. La reconnaissance par le commissaire européen aux affaires sociales de l’accès public à l’Internet ne date que d’il y a quatre mois, et elle est encore soumise aux impératifs de développement des industries de l’information.

La pérennisation de ces espaces est en fait la mise en place d’une économie de l’espace public numérique : l’Etat intervient dans la formation et l’initiation du grand public. Je vous invite, si vous participez à des associations, à travailler avec nous sur la construction durable d’une répartition des tâches.

Monsieur BERNARD

Avant le récent e-crash, les mesures d’intervention de l’Etat vis-à-vis d’Internet concernaient avant tout le commerce, mais elles sont désormais sociales et solidaires. L’économie sociale d’Internet est plus ancienne, comme Alain Lipietz nous le rappelait. La DIES joue également son rôle dans cette nouvelle approche de l’Etat.

Guy JANVIER

Guy JANVIER

Direction Interministérielle déléguée à l’Economie Sociale (DIES)
Le rôle de la DIES est de développer les mutuelles, coopératives et associations en vue de l’innovation et de l’économie sociale. A ce titre, Internet ne pouvait être ignoré. Depuis qu’il y a un secrétariat interministériel à l’économie solidaire, l’idée d’un Internet solidaire a pris de l’essor. Notre intervention est double : la valorisation des initiatives d’économie solidaire dans le domaine des nouvelles technologies de l’information, et le développement de l’usage d’Internet par le tissu associatif.

I. La valorisation des initiatives d’économie solidaire

Les portails de l’économie solidaire sont gratuits. Notre délégation encourage les principales têtes de réseau à participer à faciliter la création de ces portails. Dans les semaines qui viennent, nous réunirons les têtes de réseau d’Internet que nous avons financés pour élaborer une répartition des tâches et des compétences.

De plus, nous encourageons le développement des start-up solidaires, c'est-à-dire celles qui ont une approche non-marchande de l’économie de réseau. Nous aidons notamment la fédération des centres sociaux ou les initiatives municipales.

II. L’égalité d’accès et l’usage du tissu associatif

L’accès à l’équipement, au matériel, est très important. Toute association devrait avoir un ordinateur. Une circulaire de décembre 2000 permet à l’administration de donner son matériel informatique obsolète, c'est-à-dire au bout de trois ans d’utilisation, aux associations.

La formation aux nouvelles technologies accompagne la mise en place du matériel. Des fonds sont notamment alloués pour la formation des responsables associatifs : le fonds national de développement de la vie associative est passé de 40 à 80 millions de francs.

Pour répondre à Alain Lipietz sur la possibilité d’exonérer d’impôts certaines associations, un projet de loi-cadre sous la compétence de Guy Hascoët, secrétaire d’Etat à l’économie solidaire, est actuellement en discussion, dont l’article 7 prévoit un label d’utilité sociale. Ce dispositif instaurera un lien entre les grandes mutuelles et coopératives et les petites associations. Un fonds mutuel pourrait financer différentes initiatives. Ce projet de loi devrait être présenté au gouvernement en décembre et une première lecture au Parlement devrait avoir lieu avant la fin du mandat présidentiel.

Je suis d’accord avec Alain Giffard : les initiatives des ministères sont souvent très dispersées et doivent être rationalisées. Pour ma part, le rôle central est dévolu à l’Education nationale et je me réjouis que notre discussion ait lieu au Salon de l’Education. Si nous ne voulons pas que le fossé s’accroisse entre ceux qui ont un accès souvent ludique à l’Internet et ceux qui ne vivent pas régulièrement en présence d’un ordinateur, la formation doit commencer à l’école.

Monsieur BERNARD

Un membre d’une start-up solidaire, La Péniche, est présent et pourra compléter cette vision. Avant de lancer le site e-pop, une étude a été réalisée auprès des 430 associations d’éducation populaire : plus de 200 d’entre elles ont un site Internet. Cependant, si l’existence d’un portail est fréquent, l’usage coopératif d’Internet est plus compliqué. C’est pourquoi la Fondation de France s’est intéressée au développement de cet usage dans le milieu associatif.

Benoît DUMOULIN

Benoît DUMOLINConseiller du programme multimédia de la Fondation de France
En ce moment, nous tirons le bilan de l’expérience « le multimédia : un outil pour tous », conduite depuis 1999 à la Fondation de France, dont le souci est de financer les projets associatifs développés autour des nouvelles technologies de l’information. Il s’agit de savoir comment une association peut développer son projet dans l’univers du multimédia.

Tout d’abord, ce programme ne se terminera qu’au 31 décembre 2001. Les associations peuvent donc toujours envoyer leur dossier à la Fondation de France si elles sont intéressées. Deux éléments sont à prendre en compte pour juger de la réussite du projet.

Premièrement, ce n’est pas en introduisant Internet de force dans une association que celle-ci gagnera en efficacité. Son projet doit être le moteur de l’utilisation du multimédia. D’ailleurs, les espaces publics numériques qui fonctionnent le mieux ne sont pas les mieux équipés, mais ceux dont le projet pédagogique, pas forcément lié aux nouvelles technologies, est bien défini à l’avance. Par exemple, le centre social de Belleville a mis en place un accès libre et gratuit aux ordinateurs. Au bout de deux ans, l’accès a été fermé, parce que l’association n’avait pas la capacité interne d’offrir aux jeunes du quartier des formations intéressantes. De plus, ces jeunes n’ont pas eu l’approche attendue par les responsables associatifs : ils ont surtout pratiqué le chat plutôt que la recherche de documentation scolaire ou l’enseignement pédagogique. Le projet s’est centré sur l’outil, au détriment d’une réflexion plus globale.

Deuxièmement, la réussite du projet dépend d’un réseau préexistant, c'est-à-dire lorsqu’il émane d’un réseau déjà constitué autour d’une thématique commune. Les forums électroniques, par exemple, n’ont pas eu l’impact ni le résultat souhaités, parce qu’aucun travail préalable de préparation n’a été réalisé. L’existence d’un réseau, d’une thématique, doit donc précéder l’outil. Par exemple, l’association de Brest Jardin d’enfants a eu l’idée d’échanger les expériences d’enfants de différentes écoles internationales. Un outil de visioconférence permettrait à plusieurs écoles dans le monde de communiquer sur des thèmes variés. A partir du moment où l’outil s’est avéré coûteux et difficile, le site est devenu moins ambitieux. Ce projet, au départ très technique, est devenu très simple et a permis des découvertes culturelles, mais l’existence d’un réseau a assuré le succès de l’entreprise.
Finalement, seule la volonté et la logique du projet préexistant détermine son succès de mise en réseau.

Monsieur BERNARD

Les associations auxquelles s’adresse l’INJEP par l’entremise du site E-pop sont les plus anciennes. Elles existent parfois depuis plus de 50 ans. Elles avaient déjà eu du mal à s’adapter à l’apparition de la radio, de la télévision, mais semblent s’adapter plus aisément aux nouvelles technologies. E-pop leur permet de mutualiser leurs expériences. Comment l’INJEP conçoit-il le service qu’Internet peut offrir aux associations ?

Manuel COLOMBAT

Manuel COLOMBAT

A priori, Internet n’est au service de rien. Il servait l’armée américaine dans les années 60 sous le nom d’Arpanet, les chercheurs universitaires dans les années 70, et les marchands depuis les années 90. Aujourd'hui, face aux marchands du temple, le contrepoids étatique et associatif reste limité.

I. L’appropriation d’Internet par les associations est lente

1. L’objectif de réseau associatif : l’I3C

La vision de l’INJEP de cet outil technologique se résume par trois C : son aspect créatif, collaboratif, et citoyen. Il s’adresse donc à des associations d’éducation populaire militantes sur le thème de la citoyenneté. Pourtant, le lien avec le secteur associatif est difficile : il y a dix jours, à Bordeaux, les premières Rencontres européennes du multimédia pour un Internet créatif, collaboratif, et citoyen (réseau I3C) a réuni certaines des principales grandes et vieilles associations citoyennes, mais des Scouts de France jusqu’aux associations de théâtre et de cinéma, rares étaient celles qui se sont déplacées. Seule l’implication de ces associations pourrait faire d’Internet un outil créatif, collaboratif et citoyen, car à lui seul, il est neutre.

2. L’intérêt de l’outil n’est pas encore pris à sa juste mesure

Internet permet aux associations de s’informer facilement, de fonctionner en réseau, de se faire connaître et de monnayer leurs prestations. La question est donc de savoir pourquoi la plupart d’entre elles boudent encore cet outil. Seulement 250 associations sur 500 fédérations nationales ont un site. Nous le voyons encore aujourd'hui : très peu de personnes sont présentes, alors que nous avions contacté tout le monde par e-mail et par téléphone. Si l’habitude d’échanger les informations n’est pas prise, l’équipement technologique ne changera rien.

II. Vers une démocratie associative dans le multimédia

1. Les obstacles à l’appropriation d’Internet par les associations

a. Coût et fracture générationnelle

Alain Lipietz a rappelé l’obstacle du coût de l’équipement et du fonctionnement. Il existe également un obstacle générationnel : beaucoup d’associations d’éducation populaire sont dirigées par nos anciens.

b. Le partage du pouvoir

Pour ma part, le partage de l’information et du pouvoir est le problème central. Pour beaucoup de responsables associatifs, avoir de l’information revient à avoir un certain pouvoir ; aussi la diffusion de l’information revient-elle à perdre du pouvoir. Ainsi, certaines grandes associations dont la structure est similaire à l’administration fonctionnent depuis longtemps selon un système pyramidal d’information : un centre national prévient les responsables régionaux, qui s’adressent aux cellules locales. Dès lors, je comprends l’inquiétude des dirigeants associatifs vis-à-vis d’une circulation transversale des informations, qui se demandent ce qui justifiera leur salaire ou leur position. En réalité, Internet oblige à s’interroger sur l’organisation du réseau, en particulier sur le partage des informations et du pouvoir.
Nous nous sommes ainsi rendus compte qu’Internet ne résolvait pas les problèmes des associations, mais les révélait : par exemple, l’absence de réactualisation du site prouve que les échanges d’informations ne fonctionne pas au sein de l’association.

c. Internet n’est pas en soi une garantie de démocratie associative

De plus, Internet n’est pas, en soi, démocratique. Par exemple, lorsque nous répondons immédiatement aux e-mails, nous ne prenons pas le recul nécessaire à la réflexion. D’autre part, Attac a révélé une fracture entre ceux qui sont toujours connectés et ceux qui sont connectés de temps en temps. En ne répondant qu’aux e-mails de ceux dont la réactivité est immédiate, seul un petit groupe d’internautes travaille. Enfin, au bout d’un moment, la somme des informations est telle que nous ne portons plus une attention spécifique à aucune d’entre elles : l’assimilation de l’ensemble des informations est chronophage…

2. Quelques pistes de démocratisation

De nouvelles règles doivent être inventées pour que les associations s’approprient Internet de façon démocratique. Voici quelques exemples :

- L’adresse électronique centrale renvoyant l’information à tous les membres
Dans l’association rouennaise Débarquement Jeunes, chaque membre s’adresse à l’ensemble des autres membres dès lors qu’il écrit à l’adresse centrale. Chacun est ainsi mis au courant de tout. Cette innovation ne fonctionne évidemment que pour une petite structure.

  • La participation de chacun des membres au contenu du site web
    Le réseau I3C utilise la technologie Spip, qui permet à chaque membre de l’association de modifier et d’enrichir le contenu du site web. Les membres ne sont donc plus seulement des consommateurs d’information, mais également des créateurs impliqués.
  • La sélection naturelle des informations intéressantes
    Les pratiques du réseau Attac sont particulièrement innovantes sur le thème de la traduction. Les bénévoles ne pouvant traduire tous les textes du bureau ou des adhérents, ils ne traduisent que ce qui leur semble intéressant. Au final, seules les informations les plus pertinentes sont diffusées.
  • La mise en place d’un délai de réponse
    Attac demande également aux connectés de réfléchir avant de répondre. Afin de réduire le fossé entre les internautes permanents et les internautes occasionnels, la règle énonce que les réponses immédiates ne sont pas prises en compte.
  • L’organisation interne de la démocratie avant Internet
    Le bureau national peut être le seul décideur des informations mises sur site, plutôt que n’importe quel utilisateur. Cette règle empêche une répartition des pouvoirs fondée sur l’utilisation du web.

De telles méthodes ne peuvent être inventées par les services de l’Etat. Des derniers ne peuvent que soutenir l’innovation associative. Internet associatif n’existe que si les associations s’en donnent la peine.

Monsieur BERNARD

Ces différentes présentations éveillent-elles des interrogations ?

Alain DETOLLE, membre de l’association La Péniche

salle 2 Je suis membre de La Péniche, une société autogérée, créée il y a 5 ans, de rédacteurs spécialisés dans le domaine de l’économie sociale. Notre solidarité repose sur un fonctionnement autogéré où le salaire des participants est arbitrairement bloqué au salaire moyen français. L’excédent dégagé nous permet de participer à d’autres structures d’autogestion, comme le réseau Repas, et de promouvoir ce modèle. Internet nous a conduit à de nombreuses interrogations.

D’abord, la rédaction n’est pas la même selon que le support est le papier ou l’écran. Sur Internet, il faut être plus précis, penser aux liens et intégrer dans notre rédaction un souci de collaboration avec le r


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