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L'Observatoire de la ville à Ivry-sur-SeineDepuis 1994, l'Observatoire de la ville, créé à l'initiative de l'association Ne pas plier, accueille écoliers et habitants pour des visites panoramiques de la ville d'Ivry-sur-Seine (94). Du haut d'une tour, où elle a ses locaux, l'association Ne pas plier propose à des enfants et des adultes un échange sur la ville. Une manière de se réapproprier un urbanisme devenu hermétique, pour moins le subir. Lire la villeLa Ville, comme « espace d'un déchiffrage, d'une alphabétisation », c'est ainsi que l'Observatoire considère ce qu'il propose de découvrir à ses visiteurs. « Une narration jamais finie, un système complexe de signes continuellement en mouvement ». Il s'agit alors de lire la ville, et ce qui la travaille. Elle en devient plus accessible, plus humaine. Mis en place en 1994 par l'association Ne pas plier, l'Observatoire invite les classes des écoles environnantes sur la terrasse de son immeuble, pour une « leçon de ville » grâce à un point de vue saisissant sur la ville d'Ivry et au-delà. D'ici, on prend d'abord conscience de la multitude et de la densité de l'espace urbain. Mais cette première impression ne suffit pas à une lecture de la ville. Pas de savoir préétabliL'Observatoire fait appel à des acteurs de la ville, c'est à dire tout simplement à ses habitants, pour raconter, expliquer ou témoigner de la façon dont ils vivent leur ville. Ces leçons de Ville n'en sont pas vraiment, il s'agit plutôt d'échanger des points de vue et des savoirs singuliers et ainsi de créer des liens. « C'est un lieu d'expression, il n'y a pas de savoir préétabli » explique Isabel De Bary, responsable de l'Observatoire. « Les intervenants changent. Ils peuvent être des élus, des facteurs, des médecins, des retraités de la RATP, des gardiens d'immeuble... Au total, plus de trois cents adultes sont passés par l'Observatoire dans l'année et chaque fois, la nature de l'intervention est différente. Gerald Goarnisson, de l'office HLM (http://www.ivry94.fr/web/56133.htm), vient régulièrement parler des avancées du logement social, les facteurs racontent leur marathon quotidien... » L'artiste Lucien Fleury, aujourd'hui disparu, avait peint des toiles à partir de la terrasse, une occasion également de venir parler du regard... Les enfants, perchés sur des estrades à bonne distance du bord, échangent leur point de vue avec ces intervenants et posent des questions. Beaucoup de questions ! Mais il ne faut pas se contenter de l'écoute attentive des enfants. « Eux aussi ont un savoir » explique Isabel, « à nous de leur faire savoir qu'ils savent ! ». Ils deviennent alors à leur tour des acteurs de la ville, des intervenants à l'Observatoire et les adultes sont alors à l'écoute des enfants. « Quand les classes reçoivent des correspondants, ce sont les enfants qui font la visite et racontent leur ville. Ils le font aussi quand nous recevons des délégations internationales ou encore quand, à l'occasion des journées européennes du patrimoine, ils reviennent montrer l'Observatoire à leurs parents. Il y a eu des moments assez émouvants quand l'un d'eux a raconté la ville à sa grand-mère... » « Regarder c'est choisir »Le maître mot des visites, c'est la réappropriation citoyenne de la ville : pour l'Observatoire, « il s'agit de faire en sorte que la ville ne soit pas un immense réseau de signes uniquement voué au commerce et à la circulation ». Il s'agit de ne plus subir les signes d'une domination que l'on retrouve dans l'urbanisme, en connaissant ces signes et en leur donnant une autre interprétation que celle qu'ils imposent aux citadins/citoyens. « Regarder c'est choisir », peut on lire sur un muret de la terrasse... Devenir observateur actif et non plus simplement spectateur, pour prendre l'habitude de participer à la vie publique. Et pour observer activement, il faut voir différemment. On peut par exemple jouer avec les perspectives. Une lunette orientable, la « lunette d'altitude » installée sur un parapet, déconcertante et ludique, permet de passer d'une perspective horizontale à une perspective verticale de la rue et des immeubles. Les repères quelque peu bousculés, on revient à la « réalité » avec un regard nouveau et plus attentif à l'environnement. Le principe est posé : ce regard nouveau, qui doit interroger ce qui nous entoure, Ne pas plier entend l'appliquer à la vie de la cité. « Je fais de la politique » explique Isabel « je suis sur le terrain social. Je rencontre donc beaucoup de gens. Notre souci, c'est aussi de créer des conditions de relation entre les associations, les habitants et le pouvoir local. Apprendre, c'est-à-dire en l'occurrence savoir lire la ville, c'est une manière d'intervenir sur le pouvoir. Les Chemins de randonnée urbaineNe pas plier, on l'aura compris, ne se contente pas d'observer le monde du haut de sa tour d'Ivoire. Avec les Chemins de randonnée urbaine (CRU), l'association emmène les habitants parcourir Ivry à la rencontre d'autres habitants sur des thèmes chaque fois différents : « CRU des frontières », « CRU du chômage », « CRU à croquer », « CRU des sens »... Chacune de ces randonnées jalonnées de rencontres et d'animations, est l'occasion de découvrir ce qu'on ignorait, une face cachée de la ville et de son histoire. Un succès : « Au dernier CRU », raconte Isabel, « nous étions quatre vingt quinze. A vrai dire, je ne sais même pas comment les gens sont au courant !" Redécouvrir l'ordinaireNe pas plier et l'Observatoire ont édité une douzaine de petits livrets qui rendent compte des initiatives issues de ces visites et des ces échanges. Dans l'un d'entre eux, le plasticien Gilles Paté (http://arteducation.free.fr/page3.html) explique comment il a conçu la « lunette d'altitude » déjà évoquée. Dans un autre, les animateurs de l'Observatoire racontent comment, interrogés par le qualificatif d' « exceptionnel » entendu à chaque visite à propos du point de vue offert par la terrasse, ils ont travaillé avec les enfants sur cette notion, en leur proposant de se tourner vers l'ordinaire pour le voir autrement. Le travail sur les voisins, décidé par les enfants de l'Ecole Maurice Thorez, est né de cette interrogation. Les écoliers sont allés à la rencontre de ces « proches » qu'ils ne connaissaient que très peu et, fidèles à l'image du « marmot » trop curieux, leur ont posé soixante-dix questions, préalablement listées. Ils ont ensuite réalisé un journal à partir des réponses des voisins. Ne pas faire de la ville un non-lieuDans un autre livret encore, le graphiste Gérard Paris-Clavel (http://www.peripheries.net/i-apeis.htm), le sémiologue urbain Jean-Pierre Grunfeld et le sociologue Benoît Eugène, après avoir collectés deux cents logos, dressent une « Logotomie des villes ». Ils y analysent et déplorent la confusion des signes publics et des marques commerciales, qui participent à faire de l'espace urbain un non-lieu, où cette symbolique commerciale se substitue à la mémoire et aux moments de vie. La municipalité participe à sa manière à la diffusion de ces précieux petits ouvrages en distribuant systématiquement aux nouveaux mariés une « Toponymie des lieux publics » et une « Toponymie des rues » de la ville d'Ivry. Cachin, Faraday, Honfroy ne sont plus seulement des noms de rues, mais s'inscrivent dans une histoire collective (http://www.archeo.cg94.fr/noticeshistorique/ivry.html). A l'Observatoire de la ville, tout est bon pour connaître ou redécouvrir Ivry et pas seulement pour le plaisir de la contemplation. Une lecture de la ville active, pour apprendre à devenir citoyen/citadin. Ne Pas Plier
76, avenue Georges Gosnat
94200 Ivry-sur-Seine
nepasplier@wanadoo.fr
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