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Génépi : le passe murailleLe Printemps des prisons vient de se clôturer. Cette grande mobilisation des 60 groupes locaux du Génépi (Groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées) autour de manifestations culturelles et sportives, a ouvert la célébration des 30 ans d’existence de cette association. Le Génépi s’appuie sur un réseau d’étudiants bénévoles indépendants. Leur but : changer l’image et la vie des prisons, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, en menant des actions de sensibilisation et d’enseignement. 30 ans d’engagementLe Génépi compte aujourd’hui plus de 1 000 membres répartis dans 55 groupes locaux et intervenant dans 70 établissements pénitentiaires. Chaque semaine, 2 000 détenus bénéficient de leurs interventions. Il y a 30 ans, les premiers étudiants entraient dans les établissements pénitentiaires pour apporter leur savoir, échanger, décloisonner. Les premières actions d’enseignement du Génépi répondaient à la nécessité d’ouvrir les portes des prisons à des intervenants extérieurs alors que de violentes émeutes au sein des établissements pénitentiaires avaient marqué le début des années 70 traduisant ainsi l’absurdité d’un enfermement sans concession, bloquant l’évolution et la réinsertion des détenus. Le conseiller technique à la présidence de la République d’alors, Lionel Stoléru, a impulsé la création du Génépi en 1976, une association loi 1901 sans affiliation politique ni religieuse. Son objet : « collaborer à l’effort public en faveur de la réinsertion sociale des personnes incarcérées par le développement de contacts entre les étudiants de l’enseignement supérieur et le monde pénitentiaire » (art. 3 des statuts). Dans et hors les mursSi la réinsertion sociale passe inévitablement par des actions en milieu carcéral, elle ne peut se passer d’actions d’information et de sensibilisation du public. En effet, le milieu fait peur et n’est pas très populaire. L’idée est donc d’en changer l’image, notamment par le biais d’interventions en milieu scolaire ou d’autres événements « à l’extérieur » (ciné-débat, conférences, expositions…), pour préparer la société à accueillir les sortants de prison. « Nous voulons faire tomber les préjugés en diffusant une information honnête, non militante », explique Alexis Saurin, le président du Génépi. C’est également sur cette base que le Printemps des prisons, la grande campagne qui a ouvert courant mars la célébration des 30 ans du Génépi, a été conçue dans et hors les murs : concerts, rencontres sportives, expositions… Elle s’est terminée les 1er et 2 avril avec les assises annuelles du Génépi. Respect et dignitéSi l’action centrale de l’association est bien l’enseignement, elle s’oriente également sur une réflexion sur les milieux carcéral et judiciaire. Ainsi, les étudiants bénévoles, ou « génépistes », rencontrent d’une part les personnes détenues autour de projets riches (apprentissage d’une langue, rappel de connaissances oubliées par le biais du soutien scolaire individuel ou collectif, ateliers socioculturels…), et réfléchissent d’autre part aux moyens de rendre plus vivables les détentions.
Les génépistes prennent notamment position lors des assises annuelles, ce qui donne lieu à la publication d’actes, leurs « AdAGes ». C’est l’occasion pour eux d’aborder différents sujets : la surpopulation pénale, les droits des détenus, la détention provisoire, le droit d'association des détenus et le développement de la vie associative en prison, la double peine, la rupture des liens sociaux et familiaux, le contrôle extérieur des établissements pénitentiaires… Cette année, d’autres associations et acteurs du milieu carcéral en France ou dans le monde (La Croix-Rouge française, la Fnars, le Secours catholique-Caritas France et Penal Reform International) se sont joints au Génépi lors de ses assises pour porter à la connaissance d’un large public les nouvelles règles pénitentiaires européennes adoptées par le comité des ministres du Conseil de l’Europe le 11 janvier 2006. Un mal français ?La France est encore loin d’appliquer ces règles. Selon Alexis Saurin, « Le problème chronique des prisons françaises est la surpopulation. Le nombre des 60 000 détenus est dépassé, soit un nombre jamais atteint depuis 1945. Le taux d’incarcération n’a cessé d’augmenter en 30 ans et les peines de s’allonger. Or il n’y a que 51 000 places, tout au plus. Les maisons d’arrêt où vont également les prévenus souffrent encore plus de cette surpopulation. Portant, 1 détenu sur 3 est en détention provisoire, donc pas condamné : la détention provisoire est un problème majeur. On met plus d’argent dans la construction de prisons que dans le travail social ; on ne compte qu’un travailleur social pour 100 détenus. Et les expériences d’aménagement de peine ou de peines alternatives à la privation de liberté, qui ont pourtant prouvé leur efficacité dans la lutte contre la récidive et la qualité des réinsertions, restent très peu utilisées. » Une exigence de formationSi tous les bénévoles de l'association sont des étudiants, leurs profils sont variés : cursus littéraires, études de commerce, de psychologie… Le dynamisme de l’association tient beaucoup au renouvellement permanent de ses membres : à chaque rentrée universitaire, près de deux tiers des génépistes sont de nouveaux adhérents de l’association. Le bureau se renouvelle aussi tous les ans. Cette mobilité garantit l'enthousiasme de l'engagement et favorise la naissance d'idées et de projets toujours nouveaux. En contrepartie, elle exige un effort permanent de formation.
Il est en effet indispensable que chaque personne intervenant en milieu pénitentiaire connaisse les règles qui lui sont imposées, maîtrise son intervention et possède des éléments de réflexion sur la prison et la justice. Dans cette optique, les formations traitent de la réglementation, de la pédagogie, de la psychologie, et du droit et de la justice. Selon la Charte du Génépi, « la qualité des interventions du Génépi nécessite la plus grande concertation avec les différents partenaires concernés ». L'association dispose de l'agrément Jeunesse et Education populaire depuis le 16 février 1979 et de l'agrément Éducation nationale depuis le 29 juin 2004. Par ailleurs, l'association est conventionnée au niveau national par le ministère de la Justice, le partenariat étant défini dans un protocole signé entre l'association et ce ministère. Des partenariats qui n'empêchent cependant pas le Génépi de garder son indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics. Des partenariats richesLa richesse des contacts inter-associatifs que l’association entretient assure une formation continue sur le tas. «Nous avons des échanges réguliers avec l'Afev et sommes à Animafac. En tant que membre de la coordination Justice-Droits de l'Homme à la CPCA, nous avons participé à deux groupes de travail préparatoires à la Conférence de la vie associative. Avec la Croix-Rouge, la Fnars, la FARAPEJ, le Secours catholique, l’Association nationale des visiteurs de prison, les Frama, et les aumôneries catholiques et protestantes, nous avons formé un groupe informel, le groupe national de concertation prison (GNCP), qui organise chaque année depuis 10 ans les journées nationales « prison » pour sensibiliser le grand public sur un thème précis. Au niveau local, des groupes locaux de concertation se sont aussi constitués depuis 2 ans avec les mêmes partenaires. On en compte aujourd’hui entre 30 et 40. Par ailleurs, cette année, pour les 30 ans, le CNOUS a accepté de consacrer ses quatre concours annuels (photo, BD, nouvelles et courts-métrages) aux prisons et a également permis aux détenus d’y participer. »
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