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Le Viel Audon, une école de la vie autrement

Depuis trente ans, l'équipe du Viel Audon a vu passer 10 000 personnes dont une part importante de jeunes adultes venus par le biais de ses chantiers jeunesse. Ces chantiers ont été un des moteurs de la reconstruction et de la revitalisation économique de ce hameau ardéchois.

L’histoire des chantiers de jeunes sur le hameau du Viel Audon, situé dans les gorges de l’Ardèche, est indissociable de la rénovation de ce village déserté depuis la fin du 19e siècle et reconstruit par quelques passionnés qui sont encore parties prenantes de l'aventure. Au Viel Audon, plus d’une dizaine de maisons ont été rénovées à l'occasion des chantiers de jeunes, certaines servent de gîtes d’étape et peuvent accueillir jusqu’à 45 personnes. Il y a aussi un centre d'accueil et une ferme.

Deux structures gèrent les différentes activités du village coopératif : l'association Le Mat s'occupe des chantiers, du centre d'accueil, du gîte d'étape et dispense des formations Bafa et d'éducation à l'environnement ,et une société civile d'exploitation agricole s'occupe de l'élevage d'un troupeau de chèvres, des autres animaux de la ferme, des ruches et du parc d'herbes aromatiques. « Le site, accessible uniquement à pied par un sentier muletier de 300 mètres, est ainsi préservé de l'afflux touristique ce qui en fait un outil pédagogique exceptionnel pour les personnes qui y passent... La vie au Viel Audon impose de se poser des questions qu'ailleurs on ne se pose pas souvent », résume en introduction le projet éducatif de l'association Le Mat.

Les chantiers de jeunes, moteur de la renaissance du Viel Audon

« Le lancement des chantiers de jeunesse est venu un peu par hasard, au début des années 70, avec la présence d'un groupe de scouts orienté vers nous par le maire de Balazuc », explique Julien Chauvellier qui vit à l'année sur le site et participe bénévolement au développement de ses différentes activités. À cette époque, il n'existait que des ruines et tout était à faire. « Les scouts ont l'habitude de la vie de groupe, une culture de la débrouille en pleine nature et un rapport au travail proche du nôtre. Ce sont eux qui ont donné à l'équipe d'origine l’envie de faire de la reconstruction du hameau un support pédagogique », poursuit-il.

De là, l'équipe des pionniers a créé une association, Le Mat, commencé à communiquer vers l'extérieur et couché sur le papier son projet pédagogique qui vise à promouvoir des actions citoyennes en sensibilisant les jeunes à l'aménagement du territoire, à la gestion durable des ressources et à l'animation du cadre en milieu rural. Le lieu créé dans la période post soixante-huit a su rester fidèle à sa philosophie originelle et, dans le prolongement des chantiers de jeunes, des stages d'insertion ont été organisés entre 1984 et 1992, puis dès 1987, des voyages scolaires, de vacances, des formations Bafa...

Le lieu des utopies réalisables

Depuis les années 70, les normes d'accueil pour les groupes se sont renforcées, pour conserver la philosophie des lieux, l’équipe a dû imaginer une manière d’intégrer les contraintes administratives dans le projet pédagogique. « Dans le camping où nous accueillons les groupes, nous utilisons l'énergie solaire, des toilettes sèches, nous retraitons nos eaux usées. L'idée est de mettre l'hygiène, la nourriture au service d'une réflexion sur le mode de vie moderne qui se retrouve dans le travail. L'important est de lier le passage des jeunes avec le projet global de l’association dans une continuité qui dure depuis trente ans », poursuit Julien Chauvellier.
« Le chantier de jeunes bénévoles n’est ni une entreprise ni un centre de vacances. Il est soumis à une législation stricte en ce qui concerne l’accueil des mineurs et est encadré par des personnes qualifiées. Les chantiers sont coordonnés par le ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, celui de la Culture et de la Communication, celui de l’Ecologie et du Développement durable et enfin celui des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité", poursuit-il. Tout le monde peut participer à un chantier de jeunes bénévoles, aucune formation spécifique n'est exigée. L'âge minimum des participants peut toutefois varier de 14 à 18 ans et les chantiers durent en moyenne entre 2 et 3 semaines avec un rythme de travail pouvant varier entre 20 et 35 heures.

Une école de la mixité

La mixité et la découverte de l'autre sont des valeurs tout aussi fondamentales pour l'équipe du Viel Audon, comme le démontre le planning des groupes de l'été 2005. Une cinquantaine de jeunes entre 17 et 25 ans venus d'horizons divers viendront alors travailler : 19 scouts, 6 jeunes pris en charge par la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) d'Avignon, 3 Coréens venus parfaire leur français, une dizaine de jeunes entre 15 et 17 ans encadrés par l'équipe du Viel Audon...

La participation demandée pour les chantiers est de 8 euros par jour, auxquels s'ajoutent 16,10 euros d'adhésion et d'assurance. En 2004, les chantiers conduits de la mi-juillet à la mi-août revenaient à 28 500 euros, couverts par 8 600 euros de subvention (de la région Rhône-Alpes, de la direction régionale Jeunesse et Sport, de la direction régionale de l’action sanitaire et sociale, et des collectivités locales), 19 000 euros de participation directe des bénévoles, le reste de la somme étant prélevé sur les fonds propres de l'association. « Nous équilibrons les comptes grâce aux autres activités qui sont bénéficiaires », explique Julien Chauvellier en précisant que l'activité des chantiers a permis de construire des bâtiments comme le gîte d'étape qui dégage aujourd'hui des bénéfices.

Ce sont les habitants et salariés du Viel Audon qui animent bénévolement le chantier avec, dans certains cas comme pour le groupe PJJ, la présence d'encadrants. Néanmoins pour les tâches quotidiennes, comme la cuisine ou le ménage, les jeunes doivent compter en premier lieu sur eux-mêmes. « Si nous nous sommes mal organisés pour faire la vaisselle dans la journée, il faut la faire le soir après le chantier. Le fonctionnement peut bousculer certains jeunes qui sont habitués à être pris en charge pour leurs tâches ménagères », explique Julien Chauvellier pour illustrer une pédagogie axée sur la responsabilisation de chacun nécessaire à un fonctionnement collectif harmonieux.

Un noyau dur de jeunes qui prépare le chantier pendant l'année

Le passage au Viel Audon ne laisse pas indifférent et chaque année des jeunes reviennent. Ils forment un noyau dur qui prépare tout au long de l'année le chantier estival à venir au cours duquel ils encadreront les primo arrivants. Pour ce faire, les volontaires se retrouvent une dizaine de fois au cours de l'année. Ces rencontres sont aussi l'occasion de poursuivre les travaux et de réaliser avec ces initiés les tâches les plus techniques, comme enduire une voûte ou poser du carrelage. Car si le Viel Audon est une école de la coopération, un apprentissage de la vie en collectivité, un éveil à la nature, c'est aussi l'occasion d'apprendre des techniques de maçonnerie, de jardinage que les jeunes peuvent parfaire d'une année sur l'autre. « Quand un jeune revient une deuxième fois, nous lui demandons ce qu'il cherche au Viel Audon. L'idée est de l’encourager à s’investir un peu plus en lui donnant de plus grandes responsabilités sur le plan de l'encadrement et de l'accompagnement de ceux qui viennent pour la première fois, mais aussi lui en apprenant de nouvelles techniques ». Julien, originaire de Touraine, a été de ceux-là et a participé à de nombreux chantiers avant de s'installer sur le site il y a quelques mois.

Contact
Le Viel Audon 07120 Balazuc. Tél. 04 75 37 73 80
http://vielaudon.free.fr/


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