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Ni pute ni soumise : mixité, laïcité, égalité

Ni pute ni soumise Le 6 mars prochain, à l’occasion de la journée internationale des femmes, les petites pancartes roses de Ni putes ni soumises (www.niputesnisoumises.com) seront dans la rue pour rappeler leur attachement à la mixité, à la laïcité et à l’égalité des sexes. Après tout juste deux ans d’existence, l’association a donné un coup de jeune au féminisme. Elle revendique 2 500 militants et 51 comités locaux. Un succès qui ne va pas sans controverses.

Tout est parti de la Fédération des Maisons des potes, réseau initié par SOS racisme à la fin des années 1980. Réparties sur tout le territoire, ces associations de quartier font le constat d’une régression alarmante du statut des femmes et des jeunes filles, de plus en plus souvent victimes des pressions de leur entourage familial, voire de violences physiques, psychologiques et sexuelles. Tout au long de l’année 2001, sont organisés des Etats généraux locaux des femmes de quartier. Les témoignages recueillis donnent naissance à un Livre Blanc, support des Etats généraux nationaux des femmes de quartiers organisés à la Sorbonne, à Paris, les 26 et 27 janvier 2002. Venues de toute la France, 250 femmes expriment leur ras le bol de la violence, des discriminations, de leurs difficultés à accéder à la formation et à l’emploi, à vivre leur sexualité, du poids des traditions et de la religion. Un ras le bol qu’elles formalisent dans une pétition au titre volontairement provocateur « Ni putes, ni soumises », qui récoltera 65 000 signatures. Refusant cette alternative, le texte est aussi une plate-forme de revendications pour l’égalité des sexes et la lutte contre la précarité.

Communication et travail de terrain

L’idée d’une marche, calquée sur la Marche des Beurs de 1983, est en gestation. La mort de Sohanne, une jeune fille brûlée vive dans un local à poubelles de la cité Balzac à Vitry-sur-Seine, va servir de déclencheur. Du 1er février au 8 mars 2003, la Marche des femmes contre les ghettos et pour l’égalité sillonnent 23 villes de France, et s’achève à Paris par une manifestation regroupant 30 000 personnes. Depuis, présidé par Fadéla Amara, le mouvement se structure et prend racines, maniant habilement communication et travail de terrain. Ni putes ni soumises s’affiche volontiers avec les hommes politiques, les personnalités des médias ou du show bizness. N’hésite pas, pour faire passer son message auprès des jeunes à utiliser leurs centres d’intérêt, en lançant un concours avec le magazine Elle pour permettre à des filles des quartiers classés « politique de la ville » d’intégrer des grandes écoles de mode parisienne. Ou en organisant, avec le soutien de la Région Ile-de-France, une série de concerts de rap, rock et hip hop donnant leur chance à de jeunes artistes des banlieues.
(dates des prochains concerts : http://www.niputesnisoumises.com/html/index.php?page=concert)

Voilà pour les paillettes. Mais les militant(e)s de l’association –il y a aussi des garçons - ne rechignent pas aux tâches plus ingrates, multipliant partout en France les débats, parfois houleux, dans les collèges et les lycées, comme l’a montré le documentaire réalisé par Margherita Caron (Ni putes ni soumises, itinéraire d’un combat), diffusé en février dernier sur Canal Plus. Cinquante et un comités locaux ancrent aujourd’hui le mouvement dans la quasi-totalité des régions (liste des comités : http://www.niputesnisoumises.com/html/index.php?page=comites).

Leurs membres sont de tous les âges, toutes les professions, toutes les origines sociales. Des comités se créent également dans les collèges, les lycées et les facs.

Education au respect et aide aux victimes

De ces interventions en direction des jeunes, l’association dresse un bilan inquiétant : « des préjugés omniprésents, une dégradation évidente des relations garçons-filles, la banalisation des violences, et un sentiment de « victimisation » qui favorisent l’exclusion, la relégation et le repli sur soi au détriment de l’épanouissement personnel du jeune, de son projet professionnel, et du vivre ensemble. » D’où l’idée d’élaborer un outil pédagogique pour favoriser le dialogue et la prise de conscience. Ce guide de l’éducation au respect s’articule autour de trois thèmes : la sexualité, le poids des traditions et la violence. Ses objectifs : réhabiliter les notions d’amour et de partage dans l’éducation sexuelle, sans oublier de parler prévention et contraception. Donner aux jeunes filles des clés pour leur émancipation, en dénonçant l’intolérable (excision, polygamie, mariage forcé). Lutter contre la violence sous toutes ses formes en en comprenant les origines et la genèse. 100 000 exemplaires de ce guide devaient être diffusés en février et mars 2005, conjointement par les réseaux de l’association NPNS et par le ministère de la Jeunesse. (Pour commander le guide : http://www.niputesnisoumises.com/html/index.php?page=guide)

L’association a également mis en place un Pôle d’accueil des victimes de violence, pour accompagner et aider les femmes tant sur le plan psychologique que juridique. Des propositions faites au gouvernement par NPNS ont été acceptées et commencent à se concrétiser. Ainsi, 50 logements d’urgence, répartis sur l’ensemble du territoire, ont été mis à la disposition de l’association pour accueillir des femmes et des jeunes filles en situation de détresse. C’est une première étape, hélas encore insuffisante pour répondre à toutes demandes. Autre revendication, un accueil spécifique dans les commissariats pour les femmes victimes de violence commence à se mettre en place, ainsi qu’un dispositif de protection de celles qui ont osé parler et sont alors menacées de représailles. L’association se bat aussi pour la création dans les quartiers de points d’écoute pour les femmes qui soient des lieux d’aide et de réconfort.

Enfin, quitte à se fâcher avec d’autres composantes du mouvement féministe et anti-raciste, Ni Putes ni soumises ne manque jamais une occasion de rappeler haut et fort, en cette année du centenaire de la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat, que « la laïcité est une valeur incontournable de (son) combat contre les violences faites aux femmes et qu'il est un principe porteur d'espoir pour un monde plus juste, plus égalitaire et plus démocratique ». Et que « le combat féministe est un combat laïc basé sur le respect, la mixité et l'égalité entre les hommes et les femmes ».





Une enquête nationale sur les violences envers les femmes a été réalisée en 2000, à la demande du secrétariat d’Etat aux droits de la femme, à partir d’un échantillon représentatif de 7000 femmes de 20 à 59 ans. Elle montre qu’environ 10 % des femmes subissent des violences physiques, psychiques ou verbales de leur conjoint. Dans les grandes villes 13 % des femmes se déclarent victimes d’agressions verbales dans la rue, les transports en communs ou les lieux publics. Les trois quarts de ces agressions sont commises par des hommes et dans 25 % des cas les femmes connaissent celui qui profère les insultes. Au sein de la famille, les 20-24 ans sont 9,5 % à subir aussi des insultes et 4 % des violences graves. Enfin, cette enquête estimait que chaque année, 48 000 femmes seraient victimes de viol.

http://www.social.gouv.fr/femmes/actu/doss_pr/enquete.htm#t2


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