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La Bifurk, au carrefour de l'éducation populaire

Contrairement à ce que le nom pourrait laisser penser, la Bifurk n'est pas un lieu où les itinéraires se scindent. Derrière ce nom énigmatique se trouvent à la fois un équipement sportif et culturel et un collectif d'associations et de porteurs de projets. Ensemble, ils donnent corps à une belle œuvre d'éducation populaire, où la mutualisation des moyens et des énergies s'impose comme la condition de l'autonomie de chacun.

A côté de l'entrée, les membres de l'association Lykra sont devant leurs écrans, la grande halle est occupée de nombreux tremplins et rampes sur lesquels s'exercent skateurs et fans de rollers, un collectif artistique installe une exposition multimédia… Bienvenue à la Bifurk, ancien hangar de France Télécom, rue Flaubert à Grenoble, devenu pôle multiculturel.

La Bifurk est donc un lieu d'activités, mais c'est aussi un collectif d'associations et de porteurs de projet qui se sont regroupés pour développer différentes pratiques (culturelles, sportives, citoyennes, etc.) en s'organisant solidairement.

Un collectif protéiforme

Le projet de La Bifurk est né en 1998, sous le nom de "D'la Balle", à l'initiative de quelques associations hébergées par la couveuse de projets jeunes, Cap Berriat http://www.cap-berriat.com . Le pari était de développer les pratiques culturelles urbaines dans l'une des halles de la friche industrielle de Bouchayer Viallet à Grenoble. Au fil du temps, de plus en plus d'associations ont rejoint le projet et l'ont enrichi en y intégrant de nouvelles dimensions.


2002 marque un tournant, le collectif change de dénomination : "D'la Balle" devient La Bifurk et obtient de la mairie le droit d'occuper d'anciens locaux de France Télécom. Aujourd'hui, le collectif est fort d'une vingtaine d'associations, artistes en résidence et porteurs de projets. DCH2 (collectif hip hop), Lykra (multimédia), CSG 38 (activités de glisse), Singulier Pluriel (théâtre amateur), Insolant'Image (graphistes), Les Zinzins (théâtre), A Corps et Arts (danses et musiques africaines) et d'autres, comme Avenir et Mémoire ou MCF qui font vivre un espace urbain de 1600 m 2 .


Comme l'explique Jean-François Mirallès qui a suivi le projet pour Cap-Berriat, «  le bâtiment de la rue Flaubert n'a d'importance que comme catalyseur de cette volonté interassociative. Ce qui est intéressant, c'est bien comment se créent des synergies entre associations différentes pour qu'elles puissent se développer tout en participant au développement des autres.  »

Un équipement qui offre de nombreuses possibilités

  • une grande halle de 1000 m2 comptant un Skate Parc, 4 ateliers de création, un espace d'exposition modulable de 60 à 160 m2 et une halle de création ;
    - une partie plus administrative composée de 8 bureaux associatifs partagés, une salle de réunion et un labo photo ;
  • l'espace extérieur de 4000 m2 environ permet d'accueillir différents types d'animation ou de projet : apéros-plages, champ de bosse vélos, terrain sport de sable.

Le pari de la mutualisation

La Bifurk est donc avant tout un lieu de développement pour les petites structures associatives ou coopératives et les jeunes (18-30 ans). Mais l'originalité réside dans la construction d'un organisme collectif. Chaque association développe à la fois son projet tout en s'impliquant dans une action collective. La mutualisation d'une salariée, des locaux et du matériel (photocopieurs, fax, téléphone, informatique, sono, marabout, véhicule,...) se double d'échanges de savoirs, de services et de compétences. Deux instances de réflexions et de décisions ont été mises en place. D'une part, un conseil d'administration, constitué de représentants d'associations et de porteurs de projets. D'autre part, des rencontres mensuelles avec l'ensemble des associations hébergées.

Le conseil d'administration est chargé de fixer les conditions d'entrée et d'hébergement à la Bifurk. Il réfléchit à des aménagements possibles et est l'interlocuteur de la salariée qui assure la coordination de l'ensemble. Les rencontres mensuelles permettent aux associations d'échanger sur la gestion courante mais aussi sur des projets communs. Pour Naïma Saket, coordinatrice « le soucis est de faire en sorte que le projet du collectif évolue selon ses acteurs qui ont tendance aussi à évoluer (départ de salarié ou d'association) d'où la complexité ! »

Souplesse et dynamisme

La Bifurk permet à des associations d'adhérer au collectif sans automatiquement être hébergées. Cette souplesse favorise ainsi l'émergence et l'expérimentation de nouvelles pratiques. C'est un travail quotidien, basé sur la réciprocité, le transfert des informations, la volonté de dialoguer ; d'écouter et de s'intéresser, voire de participer activement aux activités de chacun. « La grande question que nous avons à traiter en AG », explique Naïma Saket, « c'est la gestion collective et participative : quel engagement, quelle participation et quelle mobilisation ? Beaucoup de choses s'échangent de manière informelle dont les gens n'ont pas conscience, ce qui peut créer des frustrations lorsqu'on ne voit pas les effets directs de la mutualisation. »

Le collectif se pose ainsi la question de supprimer le caractère obligatoire de la participation à la gestion du lieu. Déléguer cette fonction aux salariés permettrait de libérer du temps nécessaire aux associations pour participer plus ouvertement aux évènements, aux réflexions communes.

On l'aura compris, pour rejoindre la Bifurk, il faut certes être porteur d'un un projet personnel mais surtout avoir l'envie de s'investir dans une action collective. Une « charte du collectif » énonçant ces valeurs (mutualisation, entraide, respect, liberté d'expression…) est d'ailleurs soumise à la signature des nouveaux arrivants. Si le collectif précise bien que la fonction de la Bifurk n'est pas de financer les projets, il n'en travaille pas moins étroitement avec la mairie de Grenoble et d'autres partenaires publics, pour mettre en place des aménagements sur le lieu de façon à optimiser les possibilités de développement des activités. D'autres pistes sont explorées, comme le renforcement des liens avec les habitants du quartier.





Questions à Naïma Saket, coordinatrice à la Bifurk


Comment caractériserez vous votre façon de monter des projets ?


Pour monter des projets, il nous semble maintenant vital de prendre le temps de se rencontrer pour croiser les idées, les propositions et les différentes volontés. Si l'on saute ces étapes, nous aurons toujours l'impression que le projet échappe à certains, qui regretteront ensuite que les choses se fassent à leur insu ! Nous recevons beaucoup de jeunes qui viennent nous exposer leurs projets, notamment pour l'organisation d'évènements. Nous prenons vraiment le temps de les écouter.


Quels sont les chantiers communs sur lesquels travaillent actuellement les membres de la Bifurk ?


Nous avons plusieurs projets en cours à commencer par la création d'une plate-forme coopérative entre structures porteuses de projets jeunes et associatifs. Nous envisageons aussi de mettre à disposition un bar associatif mobile pour des festivals ou autres manifestations dans le département. Enfin nous travaillons collectivement à notre ancrage et nos liens dans le quartier, notamment sur la participation des habitants.

Contacts  : La Bifurk

2 rue Gustave Flaubert

38100 Grenoble

Tél : 04 76 23 57 01

Fax : 04 76 29 08 94

coordination@labifurk.com

http://www.labifurk.com


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