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Juniors associations : les filles enfin aux commandes ! La « parité » dans les Juniors associations (JA) a de quoi questionner en profondeur les pratiques des seniors (les associations loi 1901). En effet, la signature officielle le 18 mai, par la ministre déléguée à la Parité et à l’Egalité professionnelle et le président de la CPCA de la charte nationale de l'égalité a remis sur le devant de la scène la question de l’accès des femmes aux postes de responsabilité dans les associations. Et force est de constater que la permanence des inégalités entre les sexes est patente. La jeunesse c’est l’espoir : les JA le prouvent une nouvelle fois.
Montée en puissance du dispositifEn 1998, pour permettre aux jeunes incapables juridiquement de se retrouver dans cet espace de citoyenneté par excellence qu’est l’association, le DEFi Jeunes , l’association J. Presse et de la Ligue française de l’enseignement et de l’éducation permanente créent le Réseau national des juniors associations (RNJA Mineurs et responsabilité associative : la solution junior association) qui compte aujourd’hui 120 Relais départementaux chargées d’accompagner les associations créées par des jeunes de 13 à 18 ans. La quasi-totalité des départements participe au réseau national et les structures locales de la Ligue de l’enseignement, de la Confédération des maisons de la culture et de la jeunesse de France (CMJCF ), de la Fédération nationale des centres sociaux (FCSF) ainsi que les 78 antennes locales de la Mutualité sociale agricole (MSA
) font remonter au réseau national (RNJA) près de 24 demandes d’habilitation par mois. Il existe 664 JA au 31 juillet 2004 et leur rythme de création va croissant avec l’implantation des relais départementaux. Et si les jeunes filles sont tout comme leurs aînées globalement moins nombreuses dans ces associations, elles y occupent nettement plus souvent des postes de responsabilité. Les limites de la comparaisonUne étude menée récemment par Viviane Tchernonog et Muriel Tabariès (1) atteste une fois de plus que dans le domaine de la parité, le secteur associatif (loi 1901) ne se distingue pas des autres : la place occupée par les femmes est minoritaire, sinon « dominée ». Les femmes sont environ 22 % à exercer une activité bénévole contre 30 % des hommes. Le manque de temps et l’indisponibilité sont les arguments le plus souvent avancés par les femmes pour expliquer un moindre investissement bénévole. Autant de facteurs qui ne peuvent être invoqués, ou qui jouent de manière inversée pour les 13-18 ans : il n’est pas encore question d’être femme au foyer ; surtout, les filles réussissent scolairement mieux que les garçons. Un point déterminant pour l’accès au poste de responsabilité est la plus grande assurance dans la prise de parole, la maîtrise du langage. Déborah, qui fut quatre ans présidente d’Activ Jeune, une JA de Normandie rassemblant une trentaine de jeunes autour d’activités très variées, pense que les filles acceptent plus spontanément de prendre des responsabilités, des risques. L’association a démarré avec 4 filles. Les garçons ont ensuite voté pour un bureau qui avait fait ses preuves : « Lors de mon départ, le poste de secrétaire est revenu à un garçon. Il a en quelque sorte ouvert la voie aux autres ; ils ont eu besoin de procéder par étape, de se rassurer. Aujourd’hui, les postes de responsabilités sont assumés autant par des filles que des garçons. Plus de jeunes devraient expérimenter les JA : on y apprend la responsabilité, l’esprit d’équipe. Le Réseau travaille aujourd’hui à développer les partenariats au sein des établissements scolaires, pour sensibiliser plus de jeunes. C’est important ». Le poids des pesanteurs et des schémas familiaux dominants pèse parfois sur les jeunes associatives en herbe. Ainsi Martine Gaudin, Présidente du RNJA, suggère que certains parents voient certainement d’un œil suspicieux l’émancipation de leurs filles, qu’ils préféraient sans doute garder à la maison… Une volonté de contrôle que refusent manifestement les intéressées, comme le montre l’étude menée par le RNJA et le C.E.S.O.L. (Centre d’Etudes des Solidarités Sociales) sur la pratique associative des jeunes mineurs http://www.juniorassociation.com/fichiers/etude_vieassociative_mineurs.pdf. Les filles aux commandes, les hommes à l’ouvrage ?En effet, si les filles ne constituent que 40% des effectifs des JA (contre 45% des bénévoles sous régime 1901), proportion relativement stable depuis l’origine du dispositif, elles occupent 43% des postes de responsabilités. Autrement dit, au sein des JA, une fille sur trois occupe un poste de dirigeant, contre un garçon sur quatre. Des chiffres qui sont à rapprocher des données produites par Viviane Tchernonog et Muriel Tabariès sur les associations 1901 : les femmes représentent moins de 40 % des dirigeants associatifs même dans les associations où les effectifs salariés et bénévoles sont très largement féminins et elles ne sont que 26 % à occuper le poste de présidente. De sorte que si les filles sont globalement minoritaires dans les JA (à noter que 12% des JA sont exclusivement féminines, contre 24% exclusivement masculines), elles y occupent beaucoup plus nettement des postes de direction. Une situation qui va de soi pour les intéressées comme le raconte Claire, présidente des « Vers luisants » dans l’Aube : « au départ, nous voulions réhabiliter un terrain de sport, il y avait plein de garçons. Puis, les réunions se succédant pour définir plus précisément le projet, ils sont presque tous partis. Ce qui fédérait le plus de monde, c’était de s’occuper d’un potager. On est donc allé voir le maire pour obtenir un terrain. Il nous en a donné un attenant à la cour de l’école maternelle. 3 garçons sont restés dans le projet, sur 9 personnes. Un seul, Benoît, a notre âge (15-16 ans), les autres sont plus jeunes. Il est très impliqué dans le projet, c’est lui qui a trouvé les légumes. Mais lors de la désignation des responsables, puisqu’il en faut, tout le monde s’est défilé. Par élimination, j’étais la seule à accepter, alors qu’au début je n’y tenais pas particulièrement mais il faut bien que les choses se fassent ! ». L’absence affichée d’enjeu de pouvoirMirième, présidente des « K.Méléons », JA d’une commune voisine, confirme cette absence d’enjeu de pouvoir : « Au départ, il y avait autant de filles que de garçons, nous nous connaissions tous du collège. On tenait des stands avec des petites animations dans les différentes manifestations associatives ou municipales. L’objectif était de gagner un peu d’argent pour partir ensemble en vacances. Puis on a resserré l’activité sur l’organisation d’événements sportifs, des rallyes autour du lac etc. Alors les filles sont parties et on s’est retrouvée à deux avec huit garçons. Nous fonctionnons tous ensemble, on vote pour les destinations de nos voyages, les grandes décisions. Mais le choix de nos représentants légaux n’est pas un enjeu. Alors, les garçons ont voté pour nous : ma copine est trésorière, je suis présidente et le poste de secrétaire est revenu à un garçon. Ça ne pose de problème à personne ! ». C’est tellement vrai qu’alors que se posera bientôt la question du renouvellement des instances (on ne peut plus faire partie du bureau d’une JA lorsqu’on est majeur), les filles pensent passer le relais aux petits frères et sœurs de la commune plutôt que de garder le contrôle d’une association passée sous le régime de la loi 1901… Déborah, l’ancienne présidente d’Activ Jeunes devenue animatrice locale du RNJA, est tout aussi explicite : « il n’y a pas de hiérarchie. Qu’on soit secrétaire ou présidente, c’est pareil, on travaille ensemble. A la rédaction des courriers par exemple, même si, parce qu’on n’avait pas de local, c’est à mon adresse qu’ils nous parvenaient : je les redistribuais aussitôt. Personne ne cherchait le pouvoir, tout le monde pouvait se présenter pour les élections du bureau ». Brassage et prise de conscienceLe concept « de parité » est d’ailleurs absent du discours des jeunes acteurs. Déborah se souvient avoir été invitée, en 2002, à une conférence ministérielle sur la place des femmes dans le monde associatif… qui l’a laissée un peu dubitative : « on était là pour réfléchir à la places des femmes, il n’y avait presque pas d’homme. On avait l’impression d’être à un meeting féministe. C’est un peu « parti en vrille », les femmes accusant les hommes de tous les maux… Je ne voyais pas bien l’intérêt de ces emportements ». Du reste, comme le rappelle Martine Gaudin, « l’enjeu de la parité, du partage des tâches, de la sensibilisation à ces questions est au cœur du dispositif des Junior associations ». S’il ne s’agit pas de freiner l’initiative des jeunes en les bombardant dès le départ de questions qu’ils ne se posent pas, les différents intervenants adultes, tant au niveau des commissions départementales que nationales, sont attentifs à ces problématiques. Et Thierry Crosnier, délégué général du RNJA, d’insister : « les JA ne sont pas des mini associations. Il ne s’agit pas de calquer les modes de fonctionnement de la majorité des associations 1901 sur les pratiques des jeunes. C’est particulièrement visible lorsqu’on observe la dénomination des postes du « bureau », ces responsables obligatoires : les jeunes nomment des « DJ », des « Mac Gyver » dans les instances dirigeantes. Ils ne raisonnent pas spontanément dans le cadre type trésorier / président… et c’est très bien ainsi ; même s’il faut parfois casser certaines idées reçues comme le fait que le poste de secrétaire n’est pas nécessairement dévolu à une fille. » Les rencontres organisées par le réseau permettent de faire émerger des problématiques qu’ils ne rencontrent peut être pas isolément. Ainsi lors de la troisième rencontre nationale du RNJA dans la Manche, des rappeuses de Cherbourg, les Nasas’s, ont-t-elles tenu à ce que la question de la place des femmes dans la société soit abordée. Une certaine reproductionLes données régulièrement mises à jour par le réseau national attestent néanmoins d’une certaine reproduction des grands schémas sociaux dominants. Les secteurs d’activités des JA majoritairement féminines sont très proches de ceux tenus par des femmes sous le régime 1901. On retrouve ainsi les grandes distinctions établies par Viviane Tchernonog et Muriel Tabariès : les filles sont plus présentes dans les activités à dominante culturelle, sociale, nature et communication et moins dans le sport, les jeux les objets scientifiques… Juniors associations ou pas, les filles restent des filles et les garçons des garçons diront certains. C’est sans doute souhaitable sinon guère surprenant, analyse Thierry Crosnier, mais il invite à y regarder de plus près. Par exemple, la prédominance masculine dans les activités sportives des JA s’explique par le fait qu’il s’agit de sports émergents comme le skate ou le roller. Or la majorité des sports pratiqués par les jeunes sont collectifs et leurs exercices largement encadrés par des fédérations constituées, requérant des licences… Les JA battent donc en brèche nombre d’idées reçues sur les différences de capacité des unes et des uns à s’investir, à prendre des responsabilités, voire sur les objets de l’engagement. Que peut-il bien se passer ensuite, puisque de toutes évidences, les « inégalités » hommes-femmes ne sont pas des données aussi naturelles que l’observation du monde des adultes pourrait le laisser croire ? (1) Les femmes dans les associations. Premiers résultats de l’enquête sur les profils des dirigeants bénévoles des associations, laboratoire de recherche Matisse-CNRS, Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2004.
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