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Les Eclaireuses et Eclaireurs de France : la laïcité au quotidien

Une valeur « cardinale » chez les « éclé(e)s »

Né en 1911, ce mouvement qui compte 35 000 adhérents est une des six associations du scoutisme français.

Contrairement aux cinq autres mouvements qui se rattachent à un courant religieux, le mouvement des éclaireuses et éclaireurs de France a placé dès l’origine la laïcité au cœur de ses valeurs fondamentales. La confrontation à la différence, à l’autre, la rencontre des cultures, la co-éducation, font partie du quotidien partagé par les acteurs de ce mouvement dans leurs activités internes, mais aussi dans leurs rapports avec les autres mouvements du scoutisme.

Comme le souligne Aline Peyrègne, qui a été pendant plusieurs années bénévole aux éclaireurs, « les éclaireurs sont un peu un « Ovni » dans un monde du scoutisme généralement caractérisé par une affirmation forte du fait religieux. La laïcité est un des piliers du mouvement ». Elle a pu en faire l’expérience avec beaucoup de surprise lors de sa première rencontre à Londres, avec un mouvement anglais, où la référence à Dieu était intrinsèquement liée à la vie quotidienne du groupe. Cette spécificité s’est confirmée lors de « jamborées » qui regroupaient des troupes venant de divers pays, tous faisaient référence à l’une ou l’autre des religions monothéistes.

Savoir écouter, discuter, respecter

Bien sûr le mouvement des Eclaireuses et Eclaireurs de France s’appuie sur la motivation de parents convaincus : on ne rentre pas aux « éclés » par hasard et on n’y reste pas non plus si l’on n’est pas convaincu de la pertinence de leur approche. Pour autant, dans de nombreuses situations, le mouvement assure l’accueil de jeunes venant d’univers culturel ou religieux très différents, notamment parce que les éclaireurs sont dans certains quartiers le seul lieu d’animation ouvert à tous. C’est dans ce contexte de mixité sociale que sa pratique du dialogue de l’écoute et du respect a pu prouver son efficacité.

Ce positionnement se traduit au sein du mouvement lui-même par une manière particulière de traiter les conflits et les questionnements qui peuvent surgir lors de la confrontation d’habitudes, de cultures et de religions différentes. « C’est la discussion, la réflexion collective et le dialogue toujours maintenus qui permettent de dépasser les positions de chacun » explique Pascal Lartigues, animateur du centre national de l’Association nationale des éclaireuses et éclaireurs de France. Ce centre, situé dans le hameau de Bécours en Aveyron, accueille des centaines de jeunes et d’adultes d’origine et de parcours différents, équipages, jeunes en parcours de réinsertion, associations de handicapés. « Il s’agit de se créer une règle de vie commune respectueuse de l’espace privée de pensée mais intransigeante sur l’exigence du respect et de l’autonomie de l’autre, garçon ou fille, dans la vie sociale » poursuit-il.

Laïcité contre patriarcat

Le discours sur la laïcité est, chez certains, imprégné d’une attitude de suffisance, comme si notre société pouvait se poser en donneuse de leçon. Ce n’est pas le cas chez les éclaireurs et éclaireuses. Pour eux, la laïcité est une dynamique, un questionnement et une confrontation qui s’appuie sur des valeurs mais n’hésite pas à critiquer les travers de notre société et à promouvoir les changements nécessaires. C’est ainsi qu’au fondement des discussions et des questionnements sur les comportements sociaux émerge une tension récurrente : la question de la répartition des rôles en fonction du sexe. Si renvoyer les questions de pratiques religieuses vers la sphère du privé peut se négocier et être admis par tous, la place des femmes dans la société qui relève, pour certains de la sphère de la citoyenneté, pour d’autres de la religion ou de la pratique culturelle, est un motif de débats et de remise en cause. Après tout, rappelle Aline Peyrègne, « cela ne fait pas si longtemps que dans notre société les femmes ont acquis le droit de vote ». Dans ce contexte, le questionnement de la laïcité, provoqué par d’autres cultures, peut être l’occasion de remettre en débat des positions ou des habitudes qui ont aussi parfois leurs limites. « Il faut savoir en faire une occasion de se remettre en cause et de progresser. Nous pouvons légitimement nous interroger sur la place que notre société fait aux femmes, sur la manière dont elle accueille les étrangers ou considère sa jeunesse, pour ne citer que quelques exemples. » conclut Aline Peyrègne.

Aujourd’hui et demain

Le débat actuel autour de la laïcité trouve évidemment un écho auprès du mouvement comme le souligne Dominique Girard, délégué général. Certains groupes ont souhaité d’ailleurs que l’association prenne position, ce qui a été fait en rappelant le devoir de vigilance qui s’imposait à tous et la réaffirmation de la laïcité en tant que valeur républicaine. Cette dimension s’inscrit d’ailleurs dans les « cinq défis pour demain » (affirmer notre identité, favoriser l’engagement, s’adapter aux évolutions, entreprendre et innover) du nouveau plan d’action du Mouvement 2003/2009. Mais, pour Dominique Girard, plus globalement, c’est la dimension spirituelle de la laïcité qui doit être réaffirmée. Le mouvement a d’ailleurs prévu au cours de ses prochaines instances (conseils ou assemblée générale) de consacrer un temps de réflexion à cette question. Le rassemblement de Bécours 2004, (http://www.eedf.asso.fr/album_souvenir/Becours.html ) qui doit réunir l’été prochain plusieurs milliers de jeunes venus de très nombreux pays sera une opportunité de revenir sur ces sujets. Ce rassemblement sera aussi l’occasion de vérifier, comme le rappelle Dominique Girard, que l’idée de scoutisme laïque a pris une dimension internationale et que des troupes laïques se développent, à côté des mouvements confessionnels, montrant ainsi la vitalité et la modernité de ce courant d’idées.


Les éclaireuses et éclaireurs de France au cœur de l’éducation populaire (http://www.eedf.asso.fr/index.htm) Le mouvement des éclaireurs et éclaireuses de France a maintenant une histoire de près d’un siècle. Il a été un acteur très présent dans cette période. En 1936 sous le front populaire, les EDF participent à la création des Centres d'entraînement aux méthodes d'éducation active (CEMEA, http:// www.cemea.asso.fr). Durant la deuxième guerre mondiale, le mouvement sera très actif dans la résistance et à la libération il participera à la création du mouvement des Francs et Franches camarades.(http://www.francas.asso.fr).

Extrait des statuts :

« 1.1 L’Association des Eclaireuses et Eclaireurs de France a pour but de contribuer à la formation de la jeunesse par l’animation de sociétés de jeunes selon les principes et pratiques du scoutisme. L’Association est un Mouvement de jeunesse qui, dans une perspective d’éducation permanente, réunit des enfants, des adolescents et aussi des adultes qui prennent ensemble des responsabilités et, par ce moyen, poursuivent leur formation.

1.2 L’Association, laïque comme l’Ecole publique, est ouverte à toutes et à tous, sans distinction d’origines ou de croyances. Elle ne relève d’aucun parti ni d’aucune église et s’interdit toute propagande religieuse, philosophique ou politique. Chacun de ses membres est assuré de trouver, au sein de l’Association, respect et compréhension.

1.3 S’imposant le respect effectif de la dignité et des virtualités propres à chacun de ses membres, l’Association, ouverte aux garçons et aux filles, pratique la coéducation.

1.4 L'Association vise à former des citoyens qui connaissent et aiment leur pays, qui sont conscients des problèmes sociaux et attachés à les résoudre. L'Association ne sépare pas ce devoir civique de la lutte pour libérer l'homme et la femme de tout asservissement. Elle s'efforce de promouvoir la nécessaire entente entre les peuples par la pratique de la fraternité entre tous les jeunes de tous les pays et s'engage à lutter contre toute forme de racisme. »

COMMUNIQUÉ DU COMITÉ DIRECTEUR DES EEDF

LAÏCITÉ

Les Eclaireuses Eclaireurs de France ont inscrit depuis toujours dans leurs textes fondamentaux la référence à la Laïcité, réaffirmée dans leur texte d'engagement :

"La Laïcité n'est pas seulement une attitude de l'individu ; elle justifie une action collective et repose sur la reconnaissance de valeurs communes à l'humanité (Déclaration des Droits de l'Homme, Droits de l'Enfant, …).
"… elle est combat permanent et collectif pour l'autre, son autonomie, sa liberté, par le respect, l'écoute, l'acceptation de sa parole, par la confrontation d'idées, de croyances, de pratiques, contre les a priori, la discrimination et toutes formes de propagande et de fanatisme."

Le principe de laïcité, valeur essentielle de notre République, fait l'objet d'un débat quant à ses modalités d'application, bientôt 100 ans après la loi de 1905. Nous ne pouvons que nous féliciter que ce principe fondateur soit réaffirmé, permettant la réflexion et la prise de conscience aux vertus pédagogiques.

Nous restons cependant vigilants quant aux possibles dérives qui pourraient remettre en cause des acquis.

Les EEDF réaffirment, conformément à leur texte d'engagement, qu'ils s'opposent à toute forme de communautarisme, de discrimination, à toute atteinte au respect et à l'émancipation de la femme et de son intégrité, à toute forme de remise en cause de l'Ecole de la République. Le débat ne doit pas se limiter aux signes ostentatoires.

Les EEDF ont pour vocation de former des citoyens libres et responsables. C'est par la pratique d'activités s'adressant à des enfants et des jeunes que les valeurs et principes de notre Mouvement éducatif sont vécues.
Nous invitons tous les responsables de l'Association, plus encore aujourd'hui, à améliorer la visibilité de nos engagements en renforçant le sens donné à nos projets.

Les EEDF sont confrontés dans leurs pratiques aux mêmes questions que la société. Ils s'engagent dans une réflexion qui permettra de clarifier leurs attitudes pédagogiques vis-à-vis des signes ostentatoires et des prescriptions alimentaires religieuses par exemple.

Adopté à l'unanimité
le 7 décembre 2003


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