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Le Haut commissaire à la Jeunesse

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Positionnement du CNAJEP sur les politiques publiques Affectant les champs de la jeunesse et de l’éducation populaire

1. La jeunesse , actrice des évolutions affectant la société

Actrice du changement social et inscrite dans des dynamiques intergénérationnelles, la jeunesse est un temps d’exercice et d’apprentissage citoyen, même si les contours de cet âge de la vie - entre enfance et âge adulte - sont plus incertains que par le passé.
La jeunesse fait souvent, et en particulier dans les médias, l'objet de stigmatisation, comme si être jeune signifiait être "par essence" en difficulté.

Les politiques publiques, quant à elles, semblent osciller entre une approche qui valorise les potentiels individuels des jeunes et une approche sécuritaire, répressive qui perçoit cette catégorie comme "une nouvelle classe dangereuse".

Le dépassement de ces contradictions est un des impératifs fixés à tous ceux qui veulent envisager globalement l'éducation des jeunes et inciter à des synergies entre tous les acteurs au sein des territoires. Pour nous, l'éducation de tous est une priorité. L'éducation populaire a du sens dans la contribution permanente au dépassement de ces contradictions et en interrogeant les responsabilités des adultes et celles des jeunes eux-mêmes.

2. Les processus éducatifs pour l'enfance et la jeunesse et l'accompagnement des parcours des jeunes adultes

L’éducation constitue plus que jamais un processus global qui ne peut être réduit au seul champ de l’école.

L’environnement de l’école, le temps des loisirs, des vacances, le temps de la famille … contribuent de manière essentielle à la réussite éducative. Ils accompagnent l’action de l’école, comme ils développent des compétences spécifiques.

Chaque enfant, chaque jeune doit pouvoir, au-delà de l’école, accéder aux richesses des temps péri et extra scolaires.
Il faut, en la matière, mettre en œuvre des outils permettant de mobiliser, au-delà des institutions scolaires, l’ensemble des acteurs éducatifs sur un champ donné.

Cependant, les inégalités d'accès au potentiel éducatif du temps libre tendent encore à s'accentuer. Dans bien des cas, ces inégalités sont pour les jeunes eux-mêmes disqualifiantes.

Aussi convient-il de soutenir les jeunes adultes dans leur intégration progressive dans la société et dans leurs engagements sociaux.
La persistance et l’ampleur du chômage, la mise sous condition de durée des allocations chômage, l’accès au RMI à partir de 25 ans, l’allongement des études ont eu pour conséquence de renvoyer les jeunes à des emplois précaires et leur famille à la prise en charge de cette situation. Les inégalités se sont ainsi amplifiées.

Pour se former, chercher du travail ou commencer à travailler, il faut pouvoir se loger, se nourrir, se vêtir et vivre en famille, en couple, seul ou en groupe …

Il faut donc mettre les jeunes en situation de sécurité financière et sociale leur permettant de se former, de trouver du travail, mais aussi de devenir autonome et de prendre leur place dans la société en les accompagnant individuellement dans le cadre du droit commun.

Enfin, les politiques visant à promouvoir l'engagement et les processus de socialisation des jeunes au sein des corps intermédiaires doivent être soutenues.

3. La reconnaissance de la vie associative

Alors que les entreprises, du fait de leurs plans sociaux, de leur recours généralisé aux horaires variables et au temps partiel, contribuent moins que par le passé au développement du lien social, les associations, lieux de mobilisation des bénévoles, espaces d’initiatives diverses, apparaissent comme un formidable support à la cohésion et au développement social.

Aux côtés des entreprises et des collectivités publiques, les associations sont devenues des acteurs essentiels du développement local.

L’initiative bénévole est cependant bien souvent éphémère et, de ce fait, les associations constituent un tissu fragile qu’il convient de consolider.

Au-delà des associations locales, il est plus que jamais nécessaire de veiller au développement d’espaces de regroupements qui seront autant de lieux de soutien et de coopération entre les acteurs associatifs.

Les unions, fédérations, et regroupements de toute forme et de toute nature constituent à l’évidence aujourd’hui des interlocuteurs qualifiés et crédibles pour les pouvoirs publics, et ce aux différents niveaux du territoire.

4. La décentralisation

Les associations de jeunesse et d'éducation populaire doivent être présentes dans les débats sur la décentralisation et affirmer que :

  • face aux transferts de compétences prévus, une vigilance doit s'exercer quant à la préservation du rôle de l'Etat. En effet, ce dernier est garant de l'intérêt général et de l'égalité de traitement entre les citoyens sur l’ensemble du territoire national.
  • les structures de participation mises en œuvre récemment dans les nouveaux territoires doivent perdurer. Il faut également continuer à favoriser des démarches qui permettent la mobilisation de l’ensemble des acteurs du champ de l’éducation (incluant la dimension extra-scolaire et périscolaire).
  • les associations de jeunesse et d'éducation populaire sont des acteurs du développement local. Elles créent des espaces de mobilisation et de développement du lien social ; elles peuvent être les corps intermédiaires mis en place pour l’accompagnement des démarches participatives. Il est donc nécessaire de consolider les associations locales, mais aussi les regroupements interassociatifs, qui, à tous les niveaux du territoire, favorisent la cohésion et sont forces de propositions et interlocuteurs des pouvoirs publics.

5. L'Europe

Les politiques européennes, en particulier celles touchant les champs de l'économique et du social, se traduisent par une dérèglementation et une ouverture de la concurrence à des secteurs qui jusque là étaient régis par la notion de service public.

L'affaiblissement du service public "à la française" a des répercussions sur les dynamiques associatives et en particulier dans le domaine de l'éducation ; il doit donc être dénoncé et combattu.

En outre, les travaux de la Convention sur l'avenir de l'Europe, qui visent à l'élaboration d'une Constitution européenne, doivent s'attacher à mieux associer les citoyens et les lieux qui les rassemblent, afin de prendre en considération leurs aspirations et d'assurer un réel fonctionnement démocratique et transparent de l'Union Européenne.

Tous ces constats amènent le CNAJEP à s'interroger sur la pertinence d'un certain nombre de dispositifs votés ou en cours d'élaboration et sur l'absence d'autres dispositions, et en particulier :

  • La loi d'orientation et de programmation sur la justice adoptée cet été, qui remet en cause l'ordonnance de 1945 à travers la création de centres fermés pour jeunes délinquants et l'abaissement de l'âge d'incarcération des jeunes.
  • l'avenir du soutien du gouvernement à l'emploi des jeunes et l'absence d'un volet "formation" dans les nouvelles dispositions pour l'emploi des jeunes intitulées "contrats-jeunes".
  • Les arguments qui conduisent à ne pas reprendre les propositions et le débat quant à l'Allocation d'autonomie de la jeunesse.
  • la dégradation des conditions de gestion du FNDVA qui, après plusieurs années d'amélioration dans les délais de traitement des dossiers, voit en 2002, les réponses repoussées pour les formations à début octobre. Le CNAJEP demande que les engagements pris relatifs au montant du Fonds, soient tenus et que le fonctionnement 2003 retrouve un niveau normal assurant la pleine efficacité de ce fonds pour les associations.

Le CNAJEP tient également à :

  • rappeler son engagement fort pour que les conditions d'un dialogue constructif entre les associations et les Pouvoirs Publics soient renforcées dans le cadre de la Charte du 1er juillet 2001.
  • affirmer son soutien aux associations impliquées dans le partenariat avec les ministères en charge du champ des pratiques culturelles.
  • revendiquer une action européenne et internationale capable de tisser un développement durable où la richesse des uns ne saurait se construire sur la pauvreté des autres.

Assemblée Générale du CNAJEP
Paris, le 12 décembre 2002


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