Faut-il craindre les jeux vidéos ? internet rend-il intelligents nos jeunes ?Intervention de Manuel COLOMBAT au Colloque de PESSAC La loi sur la sécurité intérieure devrait-elle contenir un alinéa concernant les jeux vidéo ? Pour mémoire :
- la Grèce a interdit les jeux vidéo il y a quelques semaines.
- Claire Brisset doit rendre incessamment son rapport sur l’influence du spectacle de la violence sur les mineurs, à la télévision, au cinéma, dans les jeux vidéo.
" Entendez-vous dans nos campagnes, mugir ces terribles Gameboy qui viennent jusque dans nos foyers détourner nos fils mais pas nos compagnes ? " S’il y a un " péril jeux ", alors il faut faire vite. - Des millions de foyers français sont équipés d’une console de salon
- L’industrie du jeu vidéo pèse plus de 120 milliards de dollars, plus que le cinéma. Princesse Zelda, Rayman sont plus connus chez les 15-25 ans que Chaplin.
- Ce mois ci à Valenciennes, une école du jeu vidéo vient d’ouvrir : Supinfogame
Mais, au fait, quel est le problème ? Où est le danger ?Les jeux vidéo sont violents c’est vrai. Transposition de sports ou produits dérivés de films beaucoup sont des " Shoot them up " : viser, frapper, tirer. Mais pas beaucoup plus que les modèles sportifs ou ciné. Les jeux vidéo rendent acteurs des violences. C’est l’interactivité du jeu vidéo. Souvenez-vous des émois suscités par Medal Of Honor ou Wolfenstein, jeux qui vous confrontent ou vous glissent dans des uniformes nazis. Vieux débat sur les films de guerre ou les contes de fées violent et sur la catharsis. Oui, mais les jeux vidéo enferment dans un mode virtuel. Ha ! Après le bovarisme, le cyber-bovarisme. Les Hardcore gamers (cf OTAKUS) hypnotisés pendant des heures sur leur console. Quelle différence avec le cinéphile qui visionne " fois le même film ou le sportif qui s’entraîne sans fin ? Oui, mais le jeu vidéo ça coupe des autres. Pas si sûr. Ecoutez les conversations des cours de récré. Voyez le succès des jeux d’arcade où l’on va en bande, voyez la croissance des jeux en réseau à mode multi-joueurs. - Voir la LAN-ARENA - Championnat du monde du jeu vidéo en réseau qui s’est déroulé en Juillet à Paris.
Somme toute, rien de neuf sous le soleil.
On retrouve des inquiétudes traditionnelles d’adultes…comme : - les jeux de rôles (80’), la télé (70’), la BD (60’)…
C’est à dire ce qui échappe au contrôle des adultes. Pour autant, dans jeu vidéo, il y a JEU, élément reconnu et fondamental pour la formation des enfants et des adolescents. L’angoisse des adultes est disproportionnée…d’autant que les jeux vidéo ne cessent de gagner en qualité de scénario, de graphisme, d’animation…. Des études britanniques très sérieuses font coïncider Q.I et pratique des jeux vidéo. Cette analyse vaut-elle également pour l’internet ?A priori, même topo.
Coupure générationnelle, engouement de la jeunesse, fantasmes d’adultes et réalités des usages aux antipodes de ces craintes. Pourtant, ce n’est pas la même chose.
Internet n’est pas un jouet. C’est un outil de documentation et de communication, mais largement plus qu’un jeu.
D’où un écart entre les objectifs éducatifs et les usages concrets.
D’où en fait de multiples écarts entre - ce que les adultes voudraient qu’internet soit pour les jeunes
- ce que les adultes craignent qu’internet devienne
- ce que les jeunes attendent d’internet
- ce qu’ils en font vraiment
Qu’est-ce que les adultes souhaitent ?
La grande illusion matrixienne : on connecte directement au cerveau et ça rend intelligent, on apprend tout seul.
" Mon fils est un génie de l’informatique " ; c’est la science infuse. Les jeunes vont apprendre, grâce au net, l’anglais, la dactylographie, le html et l’intégralité de la bibliothèque du Congrès.
Mais à peine ont-ils connecté leur foyer que les parents s’inquiètent. Que craignent-ils ?
Les mauvaises fréquentations ! Sondage IPSOP (62% des parents), les sites pornographiques, les sites idéologiques, les jeux violents, les jeux d’argent… D’où les logiciels de contrôle parental, les sites anti-pédophiles, etc… C’est le grand écart / jeunes Des attentes idylliques des jeunes. Sondage SOFRES, novembre 2001. 92% des 15-25 ans pensent que le web va rendre la société plus ouverte. 61% des 15-25 ans pensent que le web rendra la société plus libre et généreuse. L’étude du Clémi de 2001 : vision très positive. Internet est jugé " révolutionnaire " - " on y trouve de tout ". Outil de travail très utile : hélas, syndrôme du " plébiscite pour ARTE ". Des pratiques concrètes décevantes : ludiques et consuméristes - Une remarque par rapport au site des droits des jeunes.
2500 fiches juridiques pratiques plus un service de réponse en ligne sous 48 heures. Ces rubriques sont moins consultées que le Quizz TRIBUNAL POURSUITE.
- Une enquête de Netvalue (avril 2001) donne le top 5 des sites : jeuxvideo.com / lofts tory.fr / napster.com / caramail.com / m6.fr
Que font les jeunes sur internet ? - Ils squattent les rubriques " people " des sites des plus gros networks
- Ils téléchargent de la musique illégalement
- Ils chattent (ils bavardent), ils draguent
- Ils consultent des images pornographiques
Mais que cela n’incite pas à davantage de répression. Surtout pas d’amendement web & jeune dans la loi ! Je crois d’abord et avant tout à l’apprentissage de l’esprit critique, et à l’accompagnement par l’adulte vers l’autonomie. Manuel Colombat (26 octobre 2002, Pessac)
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